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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 11:27

C’est seulement cette nuit que j’ai vu à la télé  la retransmission de la cérémonie de  remise des Molière à l’ambiance et à l’esprit détestables.

 Sympathiquement jobard Nicolas Bedos -auteur de théâtre le savez-vous- congratulé par son père dans un duo pitoyable lançait les attractions destinées à draguer large.

Mariage pour tous avait frappé et s’invitait sans vergogne. Beaucoup trop de garçons conviés et mis au premier plan. Qu’ils se soient travestis en matrone comme Michel Fau, héritier maladroit de feu la Grande Eugène, aient dansé nus enveloppés dans des linges, se contorsionnant dans des gracieusetés pataudes visant à cacher leurs quéquettes qu’ils brûlaient de montrer s’en tenant finalement au recto bien aussi dérisoire, qu’ils se soient réparti avec des tons convenus quelques vers de l’empanaché franchouillard de Rostand, qu’ils aient fait mine de se disputer la préséance dans des échanges de clowns de patronage, leurs exhibitions nombrilistes fusaient. Comme si le narcissisme était le ressort final de l’art dramatique.

Quelques acteurs plus dignes sont venus lire, comme une incrustation de clip, des phrases décousues d’un Journal de bord tenu par Patrice Chéreau. Une scénette de café théâtre a mis en  diptyque la même situation vue par le boulevard dit théâtre privé  et par le théâtre public  dit sérieux, ridiculisant à égalité l’un et l’autre.

Un comédien engagé est venu lire un texte de défense des intermittents en apostrophant le pouvoir socialiste et la ministre qui ne pipait mot, alors même que la soirée tout entière était destinée à vanter les alliances entre le théâtre dit privé (phénomène exclusivement parisien et qui se nourrit d’une copieuse subvention de la Ville et du ministère)  et le théâtre public, subventionné.

Le moment le plus arrogant à mon sens fut la présence enjouée de garçons bien mis se présentant comme des metteurs en scène espoirs du théâtre privé qu’ils animent actuellement. Ces faiseurs ont eu le cynisme et l’inculture de se recommander de Mnouchkine et de Brook dont ils ne semblaient ni par leur propos ni par leur choix de répertoire perpétrer l’esprit.

Frime, extériorités de singes savants,  vulgarité prétentieuse et laideur profonde des êtres et des propos. Dans la salle même certains visages grimaçaient et riaient jaune.

Les nombreux absents n’avaient pas tort de ne pas être là.

 

Les artistes, au moins eux, savent maintenant à quoi s’en tenir.

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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 06:46

Le siège de Jérusalem en 70 est l'événement décisif de la Première guerre judeo - romaine qui se termine par la chute de Massada en 73 ou 74.

L'armée romaine menée par le futur empereur Titus secondé par Tibère Alexandre  assiège et conquiert la ville de Jérusalem qui était tenue par ses défenseurs juifs depuis 66. La ville sera mise à sac, et le second Temple de Jérusalem détruit. Seul le mur d'enceinte occidental   subsistera.

Importante aussi pour la théologie chrétienne, la destruction du Temple est un événement majeur pour l'histoire et la tradition juives commémoré annuellement par les Juifs lors du jeûne du 9 av.

      Depuis la prise de Jérusalem par Pompée  en 63, les Romains occupent la Judée et la gouvernent par l'intermédiaire de princes locaux comme Hérode, ou par des procurateurs souvent corrompus, qui suscitent l'hostilité des Juifs.

La révolte de 66, « un accès de fièvre qu'on ne peut comparer qu'à celui qui saisit la France durant la  révolution et Paris en 1871 »  dit Renan , connaît d'abord quelques succès. Les Juifs sous la conduite des zélotes mettent en fuite à Beth Horon, non loin de Jérusalem, la XII légion du gouverneur de Syrie Cestius Gallus, puis s'emparent de Jérusalem et contrôlent alors la Judée et la Galilée, dans un court moment d'unité nationale.  

Mais dès 67 le général Flavius Vespasien reprend le contrôle de la Galilée et de la Samarie . Son fils Titus commandant des légions de Judée quitte Césarée peu de temps avant la Pâque juive 70 pour mettre le siège devant Jérusalem. Il est secondé par Tibère Alexandre, apostat du judaïsme, ancien procurateur de Judée, qui connaît donc la région et qui a déjà massacré des Juifs à Alexandrie en tant que préfet d'Égypte sous Néron. Ils sont à la tête de quatre légions soit environ 24 000 hommes, doublés par autant de soldats recrutés par Titus et encore renforcés par 5 000 hommes de l'armée d'Alexandrie et des garnisons de l'Euphrate, soit plus de 50 000 hommes.

 Jérusalem, entièrement ceinte de remparts, fait à l'époque 7 kilomètres de tour et peut abriter au moment du siège 600 000 personnes. Hérode l'avait transformée par d'importants travaux qui lui avait donné un caractère hellenistique avec ses palais et ses tours qui servent de casernes aux troupes variées qui occupent la ville. C’est alors la ville la plus renommée d'Orient. Au sommet de la ville, le Temple, bâti sur l'Esplanade où l'on voit aujourd'hui leDôme du Rocher et la Mosquée al Aqsa, constitue lui-même une forteresse protégée par de gigantesques murs dont subsistent encore les murs occidental et méridional. Il reçoit les dons de toutes les communautés de la diaspora,  et suscite la convoitise des Romains comme le montre le bas-relief de l'Arc de Titus à Rome qui représente le butin rapporté du Temple.

      Titus met le siège devant Jérusalem peu avant la Pâque 70. Il  fait  aplanir le terrain au pied des remparts de façon à en faciliter l'approche et construire des hélépoles (des tours roulantes) qui permettent à son armée de s'attaquer aux remparts dont ils s’emparent. Dans la ville aux habitants en proie aux querelles internes, la famine fait des ravages. Les Romains construisent une rampe d'accès à l'esplanade du Temple, et progressent malgré la résistance des Juifs qui  essayent de retarder l’avancée en mettant le feu aux différents portiques qui entourent le Temple. Finalement, le 29 août un légionnaire jette un brandon dans le Temple qui s'embrase, et malgré les ordres de Titus, les Romains ne peuvent éteindre l'incendieLa ville sera  rasée. Titus vainqueur retourne d'abord à Césarée, où il donne, en l'honneur de son père Vespasien et de son frère Domitien, des jeux avec des prisonniers juifs, puis il part à Alexandrie d'où il revient à Rome. Là est organisé le spectaculaire Triomphe décrit par Flavius Josèphe lequel ne manque pas de détailler les prises du butin volé au trésor des juifs vaincus.  

 

Aussi avant de "moderniser" Bérénice (1670) en usant de costumes modernes et de décors réalistes, (tous contestables) il est quand même bien intéressant de comprendre pourquoi Titus ne peut épouser la princesse Juive ( Reine de Césarée...) , et de comprendre comment Racine (1639-1699)  parle  de la Cour de leur Roi à ses contemporains, et comment il fait écho à Bossuet (1627-1704) son exact contemporain dont un sermon célèbre qui aura une énorme influence jusque dans le courant du XX ème siècle parle de « déicide » pour la destruction du Temple ?

Et Port Royal dans tout ça ?

Idem pour le "Tite et Bérénice" de Pierre Corneille

      Comment des acteurs peuvent ils aborder de tels rôles sans se nourrir de l’Histoire ? Ils le font cependant.

Même et surtout à la Comédie Française, antre de la dérision, de la stérilisation de la créativité imaginative, de l’intrigue courtisane et du pognon d’état. À refonder de fond en comble.

 

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 09:36

Mugler Follies au Comedia

 

Café-concert le plus célèbre de Paris où se produisait Yvette Guilbert ou débutèrent Mistinguett, Maurice Chevalier et Raimu, l’Eldorado du Boulevard de Strasbourg, «patrimoine du XXè siècle» par ses sculptures et sa façade, devenu cinéma, renommé Comédia en 2000 pour y jouer l’opérette, vient de rouvrir entièrement rénové. Plateau équipé pour le théâtre avec ouverture et profondeur, bar élégant sans ostentation, 250 places de restauration fine au Parterre et, autant de places à la visibilité parfaite dans la Mezzanine comme au Paradis. Au Comédia nouveau se donne un époustouflant spectacle nouveau Mugler Follies, produit par Michel Lumbroso, écrit, conçu et mis en scène par Manfred T Mugler.

Danseur professionnel recruté par l’Opéra du Rhin à 14 ans, Thierry Mugler, après des études aux Arts décoratifs de Strasbourg, débute sa carrière de styliste à Paris où il déboule à vingt ans pour bousculer rapidement les standards douillets de la mode installée. Il crée pour chacun de ses défilés plus proches de spectacles démesurés que de machinales ou nonchalantes présentations de vêtements, de grands événements extrêmement théâtralisés, avec décors, mises en scène et chorégraphies. Qui peut oublier les shows spectaculaires que furent ses défilés de mode qu’il concevait et mettait en scène. Son sens de la démesure et de l’espace l’amenant à multiplier le volume des salles et son audience, 6000 personnes au Zénith de Paris vinrent célébrer en 1984 les 10 ans de la marque du couturier, puis ses 20 ans au Cirque d’Hiver. Avec Mugler, la mode et ses fragrances jusqu’à la réalisation d’objets comme le flacon en forme d’étoile taillé pour son parfum Angel, se hissaient au rang d’art visuel.

Auteur de courts métrages, de films de pub, de photos et de clips, Thierry Mugler se passionne pour la scène. Il collabore avec l'équipe canadienne du Cirque du Soleil dont l’érotique Zumanity joué à New-York et à Las Vegas a provoqué une déflagration sensationnelle dans le monde de la mode et du show business. Aujourd’hui, avec Mugler Follies, le créateur rassemble et organise au sein d’un même spectacle les formes éclatées de ses nombreuses expériences artistiques.

 

Suivons le fil : Pour le spectateur, son entrée dans le théâtre est saluée par une coupe d’excellent champagne et par un personnel dont l’attention et la gentillesse tranchent avec les accueils souvent grincheux des théâtres de la capitale. Ceci n’est pas anecdotique. Cette attention à l’autre se retrouvera au cours de la représentation –représentation qui toujours au théâtre rend compte en filigrane de la relation qu’ont tissé entre eux les membres de la troupe.

Et voilà que l’entrée dans l’univers exubérant de Thierry Mugler se fait par une ode à la beauté annoncée par un extraordinaire visage de Femme tour à tour africain, européen ou asiatique, projeté et mobile, à la bouche féconde. Il tourne son regard vers une Création nouvelle, ambition du magicien de ce show remarquable mu par les images du mouvement et de la métamorphose, de la beauté, celle du diable peut-être qui surgit de sa trappe.

Car, dans l’univers en mouvement que nous montre Thierry Mugler, nous sommes bien sous le signe de Circé et de la métamorphose. L’esprit vacille sur des plans qui glissent les uns dans les autres comme si le pinceau du metteur en scène modifiait sans cesse sous nos yeux son ouvrage, multipliant les points de vue et obtenant de ses créatures une mobilité remarquable. La neige va se mettre à danser, les jeux du crépuscule et du soleil forment des mélanges de dégradés de couleurs, des bigarrures et des bandeaux d’éblouissement. Les formes en train de se défaire et de se recomposer créent des rayons lumineux et des grappes d’émeraudes comme l’extraordinaire scène des bijoux de famille ou les corps des danseuses s’accrochent en pendentifs et parures joaillières miroitantes au visage projeté de la Femme. Les miroirs pièges se dédoublent, stupéfiantes jumelles que l’on pense reflets mais dont la chorégraphie est magnifiquement synchronisée, apparitions étranges et fantasques, multiplications des reflets, mise en abime de la représentation et inversion des décors, le monde de Thierry Mugler se pare des attributs du baroque.

 

Metteur en scène, il a le talent de prendre en compte le corps des femmes dans leurs diversités de tailles et de gabarits et les magnifie par les costumes corsetés jouant avec les matières cuir, métal, vinyle- les coiffures, les maquillages. Il déverrouille les standards rigides de la Revue traditionnelle où les belles décoratives sont interchangeables, pour mettre en valeur la particularité de chacune des artistes, son corps d’acrobate ou de funambule, de cantatrice, de ventriloque ou de star hollywoodienne. Tout comme le couturier a crée une ligne Hommes, ceux-ci dans son spectacle ne sont pas réduits au simple rang de boys admiratifs. Leur rigueur anatomique de sportifs de haut niveau ou de circassiens se met au service du geste et du beau. Les vingt-trois artistes internationaux  réunis par le concepteur ont l’espace pour développer leur recherche de la grâce ou de l’harmonie, leur sens du raffinement et du goût, leur charisme, leur énergie, leur originalité et ce, soit qu’ils déploient les standards du Cabaret, qu’ils maitrisent la contorsion, la gymnastique artistique ou rythmique, l’acrobatie aérienne avec sangles ou mat, les arcanes du hip hop, de la danse classique ou de salon, la break dance, debout ou au sol, le chant, aussi bien la chanson de variété que le poignant du Fado ou les excentricités capiteuses de la Diva d’opéra et ses acrobaties vocales !

Bien sûr, une entreprise de cette envergure, ce divertissement somptueux, qui engage des fonds privés colossaux ne peut se construire sans plan marketing génial et sans un encadrement bien membré avec des partenaires de toute puissance et capables de relever les défis artistiques et techniques. Supervisés par le metteur en scène maître d’œuvre,  éclairagiste et scénographe, chorégraphe, coach vocal, coach aérien et acrobatique, musiciens, et encore maître corsetier brodeur, artisans bottier, plumassier, modiste, artistes peintre du textile, maquilleurs, bijoutiers,  soutiennent et renforcent l’œuvre.  Le programme souvenir vendu, illustré de très belles photos du spectacle les présente tous comme il se doit.

N’étant moi-même nullement attachée de presse chargée de chanter des louanges, mais femme de théâtre éprise de littérature et de cinéma, je me permettrai de faire deux observations de professionnelle :

J’ai repéré que les jeunes femmes du chœur et des métamorphoses avaient parfois une diction peu audible et que les situations données pourraient être emmenées théâtralement plus loin. Et aussi, je pense que l’enregistrement de la Voix nécessiterait un traitement particulier pour en rendre le grain plus original. Aller voir alors du côté des compositeurs électroacoustiques dont c’est l’un des terrains de prédilection.

J’ai bien saisi la volonté de structurer une histoire et de ne pas se contenter de juxtaposer les morceaux comme dans les spectacles du cirque par exemple, de procéder par associations visuelles. Mais l’idée de départ, ce fil conducteur de l’histoire écrite en trop petits pointillés se perd en l’absence d’une vraie dramaturgie.

Cette lacune dans la construction dramaturgique, je l’ai déjà observée dans les merveilleuses fééries de James Thierrée par exemple, même s’il se réfère à Shakespeare.

Les créateurs de spectacle aux numéros éblouissants cherchent une cohérence, une trame, tissent l’argument d’un «livret» synopsis. La problématique n’est pas neuve. Ce n’est, par exemple, qu’à partir du moment où Lesage écrivit pour eux, que les voltigeurs, les danseurs de corde, les montreurs d’animaux, les opérateurs qui se produisaient séparément dans les pourtours des foires, pris par l’auteur dans la trame d’une dramaturgie véritable écrite pour eux  et devenue théâtre de La Foire, se hissèrent en inventant  un genre nouveau.

 

Certes il ne s’agit pas de prendre pour appui le texte d’une pièce de théâtre afin que le metteur en scène y développe ses fantasmes de toute puissance en plaquant des images comme cela se pratique abusivement parfois au théâtre comme à l’opéra saisis par l’idéologie, mais d’élaborer librement une structure solide qui rapatrierait du sens dans la conscience du spectateur.

 

Il semble que les concepteurs de spectacles nouveaux qui mettent ainsi en œuvre d’une manière résolument moderne non seulement les corps mais encore tout un développement de techniques visuelles 3 D et audio ne peuvent faire l’économie de la question à laquelle répondre :

Comment rapatrier du sens dans la conscience du spectateur tout en lui laissant la formidable liberté de prolonger par son imagination propre les visions qui lui sont proposées ?

 

 Michèle Venard

 

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 16:33

Ma lecture Bernanos de demain est annoncée dans le Figaro de mardi 1er octobre p 3O, pages culture. Une prise en compte qui fait toujours plaisir. Ces annonces de mon travail, quand elles se produisent, assez souvent il est vrai , m'attirent parfois de nombreuses jalousies de confrères du théâtre . Tant pis pour eux. Moi, cela me remplit d'aise de savoir que mes projets lectures qui ne bénéficient d'aucune aide de la Ville ou de l'état, sises dans un théâtre indépendant hors de tout circuit de subvention, sont cités dans un journal qui peut s'acheter à New-York ou à Tokyo

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 09:14

 

                                              INDEPENDANCE IOWA

 

 

 

 

 

Aux Puces de St Ouen, près du marché Malik, se trouve un bistrot accueillant qui du mardi au vendredi ouvre au public et aux artistes sa salle d'art et d'essai, simple et correctement équipée. Là, se joue actuellement écrit par l'américain Lee Blessing, auteur dans la veine d'un O'Neil, d'un Tennessee Williams ou d'un Selby, Independance Iowa, un spectacle à soutenir.

 

Adaptée par Joséphine Déchenaud (musique Emmanuel Chesne) laquelle joue la mère et qui a su s'entourer d'une équipe solide et très professionnelle, la pièce de nature psychologique et réaliste rend compte des rapports difficiles entre une mère et ses trois filles.

 

Plus qu'à une dramaturgie novatrice, la qualité de ce qui est montré est due à la qualité de l'interprétation des actrices et à leur investissement généreux.

Sans effets tocards comme ceux trop souvent exhibés sur les scènes théâtrales richement soutenues, Marion Adèle, Sara Viot, Pauline Bression, Joséphine Déchenaud sont bouleversantes de justesse et de vérité.

 

Allez les voir jouer.

 

 

 

Michèle Venard

 

 

Théâtre du Picolo

58, rue Jules Vallès

St Ouen

réservations 01 40 11 22 87

jusqu'au 3 octobre du mardi au vendredi à 20h30

 

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 23:47

Lu par hasard chez le coiffeur, dans un Paris Match, et ce, en vue sans doute d'une promotion ascensionnelle encore plus irrésistible que celle d'Arturo Ui , un article flatteur sur le théâtre de " l'écrivain" promu Joël Pommerat metteur en scène très subventionné de ses propres pièces. Justement, il n'écrit pas. Il s'en défend. Surtout, pas de langage au théâtre....Vauthier ou Gillibert nos contemporains, peuvent aller se rhabiller puisque Pommerat rafle le fric nécessaire à toute création. Et il parle, c'est
merveille, comme s'il était tout ensemble Eisenstein, Godard, Hitchcock, Racine et Socrate.

J'aime à goûter la modestie charmante et la délicieuse retenue des canassons du Ministère.

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 11:35

 

Ai vu Don Juan hier monté par JP Vincent à la Comédie Française.
Je passe sur les acteurs assez piteux, le rythme lourdingue et pédago , le choix d'une Elvire -Agnès et d'un Sganarelle Gros-René, la présence de Port Royal et celle d'un rideau vert - couleur tabou au théâtre- pour bien indiquer combien le metteur en scène est un esprit fort.
J'en arrive à la fin où après la fameuse réplique "mes gages", Don Juan , victime d'un mauvais trip se relève guilleret et quitte le plateau alors que la statue du Commandeur  tel un Mephisto d'opérette tout de rouge éclairée, reste en plan sur le plateau.
Ce qui me déplait, ce n'est pas qu'il soit dit que Dieu n'existe pas, ( et il y avait moyen dans la pièce avec une imagination moins fermée, de le mettre en scène au finale , sans mélanger toutefois la fin écrite par Molière et ce qu'il penserait ( conditionnel)  vraiment)
mais que ce soit un simple "metteur en scène" ( et non un créateur)  qui le dise et qui impose sans réplique, un sens qui n'est pas la réalité théâtrale de la pièce.
Que ce soit le metteur en scène ( lequel vit et travaille avec l'argent public) qui ait le dernier mot et bloque le sens, qu'il prenne sur les spectateurs une emprise assénante et que des générations d'élèves en concluent  puisqu'ils le voient sur le plateau que l'audace de la pensée et le libertinage du corps ne comportent aucun risque.
Voilà de mon point de vue ce qui est douteux. Je dirai même indigne.

"Intus libet, foris ut mos est"
 
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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 11:22

Vu à la télé  des extraits de la Mouette monté à Avignon à grand frais et grand touin touin par un garçon directeur, et soutenu par l'argent public. Interviewé il explique ses options. Or,  Tchekov dans sa pièce ne cesse de mettre en parallèle le destin de l'oiseau mouette, oiseau ramassé mort et qui doit donner libre cours à l'émotion imaginative du spectateur. Jamais il ne fait coïncider le destin brutal d'oiseau et le destin "raté" de la jeune fille. C'est justement là l'audace de Tchekov: le signe symbole et en aucun cas la métaphorisation. Méconnaissance profonde de la "réalité  théâtrale" de l'auteur de la pièce que cette mise en  illustration du  volatile avec force masques et becs. Lassée, je tourne  le bouton et  prends une goulée de plaisir en me revisionnant pour la nième fois les Oiseaux du grand Hitch.

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 18:17

" Il n’y a pas de vie sans éthique :

La personne d’Anna le définit elle même en la vivant et la vit en tentant, jusqu’au suicide, par le suicide, de la cerner, de la définir, de l’exalter.

Le suicide d’Anna n’accable pas une société – normative comme toutes les sociétés – mais exalte cette idée d’une chair illégitime de la puissance vitale très féminine…

Qu’on évoque les pages admirablement émouvantes de l’accouchement de Kitty, l’amie rivale d’Anna…

La seule façon – asociale – de s’accoucher soi - même- entretient aussi l’acte essentiel du suicide.

La vie est à ce compte : c’est en quoi Anna Karénine est mémorable ; elle est création, force grandiose, génie de la faiblesse. Elle ne pouvait – éthiquement – à tout jamais s’échapper à elle même, païenne et croyante.

J’ai pensé que ce moment exalté, mono-dramatique, le théâtre pouvait aussi le dire."

 

Jean Gillibert

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 14:52

Le Fils de Jon Fosse

 

Le Fils, la pièce de l'auteur norvégien Jon Fosse dont l'univers de désolation psychique a su séduire en France, des metteurs en scène comme Claude Régy, Patrice Chéreau et aujourd'hui Jacques Lassalle, se joue actuellement, dans la traduction de Terje Sinding, au théâtre de La Madeleine avant de tourner en province.

Le fils que le père et la mère, s'enfonçant dans la nuit d'un fjord et dans le déclin de leur âge, attendent, revient pour quelques heures dans le hameau déserté où se trouve la maison familiale. L'unique voisin est là aussi, jovial et calomniateur. Il a dénigré le fils. Une bagarre se déclenche. Le provocateur aviné, malade, on le sait, et titubant, tombe et meurt sur le carreau. Le fils s'en va

En contrepoint de la tonalité drue, goguenarde et râpeuse déployée par Jean-Marc Stehlé, Catherine Hiegel et Michel Aumont, les parents, jouent une partition resserrée, asphyxiée, tendue, celle d'un malheur sourd et digne, d'une désespérance sans voix, d'une résignation insupportable. Tous trois immenses acteurs, aimés par le public pour leur parcours et leurs présences, leur humanité, la vérité de leur jeu et de leur être sont en tout point remarquables. Stanislas Roquette qui joue le fils est particulièrement bien choisi. Il a les éclats et la félinité du James Dean de La Fureur de vivre. La scène avec sa mère lorsqu'il lui répète ses brefs mots pour éclairer l'essentiel et qu'elle les reprend à vide, est absolument bouleversante.

Sur le plateau surélevé du théâtre à l'Italienne, les acteurs jouent en frontal, assis sur des fauteuils vieillots. Une toile de fond figure l'extérieur et illustre un paysage de Norvège. Le metteur en scène a choisi de faire entendre sans interruption les sifflements d'acouphènes permanents. Le sens est un peu brouillé pendant le temps de pénombre où un serviteur de scène débarrasse les tasses de café en même temps que le fils prend en charge le mort pour l'évacuer du plateau (il aurait sans doute fallu travailler mieux ce "rêve").

Certains pourront penser que le texte de cette pièce est chétif, d'autres invoquer Beckett, Duras et leurs suiveurs avec leurs choix de phrases indépendantes et minimalistes. D'autres encore repéreront bien vite que cette économie de mots pour en révéler la substance et faire atteindre l'émotion, nécessite une lenteur dans l'énonciation qui pourra en fatiguer certains… Qu'importe, l'excellence de l'interprétation triomphe de la lourdeur contraignante de ces temps imposés et elle autorise le spectateur à ne pas se laisser ligoter dans les filets tendus par un auteur en vogue et vraisemblablement dépressif.

 

  J'aime beaucoup votre topo sur Le Fils.
Très juste, et sensible.
Effectivement, l'interprétation y était remarquable! Noémie Bianco

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activités d'artiste

Michèle Venard lit Alice Munro

2014-2015

2014-2015

 

Metteur en scène d'une quinzaine de spectacles professionnels joués à Paris, en province et à l'étranger, ( dont Kafka, Jarry, Sade...) à la forme théâtrale "rapide, surprenante, esthétique", "mettant comme l'écrit Jean Gillibert, les acteurs en responsabilité de jeu. C'est souvent très fort et peu usité dans le monde actuel, formaliste et esthétisant du théâtre", artiste dramatique, docteur ès lettres et dernière thésarde de Georges Couton, auteur de deux livres d’histoire du théâtre, Michèle Venard, par la lecture expressive, mène aussi, au sein de la compagnie En Perce Théâtre, le projet lectures "à voix haute et nue" © d'auteurs très, peu ou mal entendus.

Atelier nomade souple, suscitant, là où il a lieu, un Studio de Lectures et d'écoute,l'Atelier Permanent de Lectures et d'écoute existe depuis la Revue Parlée de Blaise Gautier au Centre Pompidou,où Michèle Venard, déjà,lisait Gombrowicz, Pound,  ou de Roux... À partir de 2003,  après un accident qui la priva de la marche, elle réactive son activité de lectrice, en province (Kafka, Bachelard, Hardellet, Rilke, Schultz, Bernanos), au Salon International du Livre de Ouessant, à Paris (au Nord-Ouest Claudel, Montherlant, Bloy) à la Maison des Métallos.(mise en scène-événement captée par Radio-France 8 heures de Présence théâtrale de Jean Gillibert, diffusées sur France - Culture),  à la Crypte de la Madeleine ( J-M Turpin)   à la Crypte Saint Denys ( Pierre  Boudot) au théâtre du Centre 6 (Stendhal, Poe, Villiers de l’Isle Adam, James, Verlaine MaupassantTchekhov, Joyce, Yourcenar, Gombrowicz, Highsmith, Mishima), au théâtre Pandora (Woolf, Zweig; Andersen, Pirandello, Moravia, Hemingway, Faulkner, Conrad, Lawrence, Hamsun, Lagerkvist, Morante, Green, Borges, Tanizaki, Andric, Kessel, Morand, Kawabata, Grossman,Giono, Bierce,Rilke, Blixen, Gracq,  London, Baudelaire, Dickens, Cendrars, Jouve, Dostoïevski, Llosa, Wilde, Bounine, Steinbeck, Gide, Joseph Roth, Djuna Barnes

Arthur Rimbaud; Georges Bernanos; Albert Cossery; Michel Ossorguine; Mikhaïl Boulgakov;  Miguel Torga ; F Scott Fitzgerald; Jean-Louis Joliot Albert Camus;  Doris Lessing; Richard Millet; Alice Munro; Gabriel Garcia-Marquez; Paul Gadenne  ...  à l'Odéon (Jean Gillibert) ;  au Grand Auditorium du  Crédit Foncier, au théâtre des  2 Rêves, au théâtre du Petit Hébertot, au théâtre du Gymnase,  au théâtre Branoul de la Haye...

 

"à voix haute et nue"© valorise les circuits courts.

Ainsi, La Compagnie En Perce animée avec l'acteur Christian Fischer, non seulement rédige et actionne des projets artistiques, culturels, ou de formation à l'expression orale et d'initiations à l'art de dire, de Conseil aux dirigeants, des séminaires pour l’Entreprise, mais encore, elle organise, à la demande de ses adhérents, soirées littéraires, (Bachelard à Bar sur Aude, Jean-Marie Turpin à La Madeleine, Pierre Boudot à la Crypte Saint Denys…) lectures, rencontres, conférences, spectacles…

En Perce insuffle, de plus, un nouveau projet, la Fédération de lecteurs

 

 (renseignements à l'issue d'une séance publique)

  programmation saison 2014-2015 «à voix haute et nue»© Lectures publiques de Michèle Venard

Paul Gadenne en lecture publique


 

 

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