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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 11:52

Vinaver aplati.

 

Parmi la poignée d’auteurs de théâtre français vivants et qui ont fait une œuvre, Michel Vinaver est celui (avec  Jean-Claude Grumberg)  dont la parole a été la mieux entendue.

Jean-Pierre Dougnac, dès 1971 avait monté dans la marge La Demande d’Emploi qui mettait en scène le chômage des cadres vu par Vinaver alors PDG de Gillette. Dans sa remarquable réalisation, il avait  d’emblée, pour rendre compte des lieux éclatés du théâtre de Vinaver, inscrit un découpage du plateau par zones cadrées, et trouvé avec les acteurs des diversités de ton dans les superpositions de dialogues effilochés ou denses. Surtout, redoutable critique de la société consumériste (tarte à la crème aujourd’hui),  Dougnac avait su comprendre et montrer la force politiquement subversive du théâtre de Vinaver. Et celui-ci, lors de la récente cérémonie de crémation de Jean Pierre Dougnac, avait su rendre hommage à son talentueux compagnon de route.

D’autres metteurs en scène, Jacques Lassalle, Roger Planchon, Alain Françon,  eux avec tous les moyens financiers et de promotion du théâtre très subventionné, avaient à leur tour donné avec succès forme théâtrale aux pièces de Vinaver qui mettent en prise directe histoires de personnages vrais et contexte historique réel. Moult études universitaires et déclinaisons sur les thèmes existent à ce propos, l’œuvre de Michel Vinaver dont l’aura, à juste titre, a franchi les frontières, ayant été d’emblée soutenue aussi par l’Université.

L’une de ses pièces Portrait d’une femme vient de se jouer trois fois au théâtre des Athévains, mise en scène par la directrice de ce théâtre subventionné par la Ville et par le Ministère et pour cette création, par l’Adami, avant de partir en tournée et d’être programmée plus longtemps à Boulogne Billancourt.

Las!

Pièce courte mais soirée longue tant les enjeux de la pièce sont mal traités.  La femme qui a tué n’est pas L’Amante Anglaise ni l’Emmanuelle Riva d’Hiroschima mon amour. Mais, son histoire personnelle entre en résonnance avec la guerre et l’occupation allemande. Dans le traitement de la pièce rien ne le montre autrement qu’en superficie de bouts de répliques. Comme si la pièce n’était pas vraiment montée, mais dite, sans relief, dans un décor inerte.

Pièce courte mais soirée longue tant le parti pris de jeu est terne et monocorde.

Quelle misère créative pour ces acteurs que rien ne vient tirer de la léthargie pépère de la mise en scène.

Le personnage principal a tué son amant et son procès défile : alors, le plateau est d’emblée enserré par un prétoire encombrant. L’histoire personnelle de la jeune femme se dessine par scènes déconstruites de l’ensemble narratif (comme se tournent les scènes au cinéma) et le traitement théâtral se contente de les juxtaposer. Les lieux de l’action sont éclatés et le traitement théâtral se contente de noter leurs emplacements sur un écran!

Hors de tout chassé-croisé indiqué cependant par l’auteur dans une réplique, les scènes se collent mollement l’une à l’autre. Aucun travail n’est fourni sur les niveaux de langage.

Le Procureur exhorte le public du procès à se taire ce qui tendrait à faire penser que ce qui est dit est scandaleux : la bande son fait entendre de risibles bruits de casseroles qui chutent alors que les spectateurs de la pièce nullement saisis d’indignation, s’assoupissent poliment.

Les corps sont inexistants. Tout engagement profond de l’acteur est soigneusement mis de côté par une «direction» sèche et stérile. L’interprète du personnage principal dont le « portrait » est traité par la pièce, n’a pas de parcours intérieur, elle reste en l’état et sans enjeu, monocorde du début à la fin, selon les indications de la «mise en scène» Loin très loin cependant de l’absence pleine d’un Meursault.

Hors de toute référence à l’univers grinçant et macabre d’Ensor, placé cependant dans sa pièce par Vinaver lui-même (le couple va au musée et regarde et décrit un tableau d’Ensor), la mise en scène, autiste, dévide sa vacuité.

Car ici, l’art théâtral est absent. Il suffit pour qu’il le soit de tordre le cou aux pensées fortes et aux acteurs d’envergure, de gommer le dérangeant. Ce qui demande un certain talent de politicien habile et démagogue.

La médiocrité accablante de ce spectacle d’animation tranquille n’est donc pas une surprise.

Quant à ses comédiens, dressés à filer doux sinon pas de boulot, je me demande bien où ils peuvent aller chercher une motivation stimulante pour réussir à jouer. Ils ne peuvent pas jouer justement. Et pour un acteur, ça s’appelle LE BAGNE.

 

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Published by michele-venard.over-blog.com - dans critiques de théâtre
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Michèle Venard lit Alice Munro

2014-2015

2014-2015

 

Metteur en scène d'une quinzaine de spectacles professionnels joués à Paris, en province et à l'étranger, ( dont Kafka, Jarry, Sade...) à la forme théâtrale "rapide, surprenante, esthétique", "mettant comme l'écrit Jean Gillibert, les acteurs en responsabilité de jeu. C'est souvent très fort et peu usité dans le monde actuel, formaliste et esthétisant du théâtre", artiste dramatique, docteur ès lettres et dernière thésarde de Georges Couton, auteur de deux livres d’histoire du théâtre, Michèle Venard, par la lecture expressive, mène aussi, au sein de la compagnie En Perce Théâtre, le projet lectures "à voix haute et nue" © d'auteurs très, peu ou mal entendus.

Atelier nomade souple, suscitant, là où il a lieu, un Studio de Lectures et d'écoute,l'Atelier Permanent de Lectures et d'écoute existe depuis la Revue Parlée de Blaise Gautier au Centre Pompidou,où Michèle Venard, déjà,lisait Gombrowicz, Pound,  ou de Roux... À partir de 2003,  après un accident qui la priva de la marche, elle réactive son activité de lectrice, en province (Kafka, Bachelard, Hardellet, Rilke, Schultz, Bernanos), au Salon International du Livre de Ouessant, à Paris (au Nord-Ouest Claudel, Montherlant, Bloy) à la Maison des Métallos.(mise en scène-événement captée par Radio-France 8 heures de Présence théâtrale de Jean Gillibert, diffusées sur France - Culture),  à la Crypte de la Madeleine ( J-M Turpin)   à la Crypte Saint Denys ( Pierre  Boudot) au théâtre du Centre 6 (Stendhal, Poe, Villiers de l’Isle Adam, James, Verlaine MaupassantTchekhov, Joyce, Yourcenar, Gombrowicz, Highsmith, Mishima), au théâtre Pandora (Woolf, Zweig; Andersen, Pirandello, Moravia, Hemingway, Faulkner, Conrad, Lawrence, Hamsun, Lagerkvist, Morante, Green, Borges, Tanizaki, Andric, Kessel, Morand, Kawabata, Grossman,Giono, Bierce,Rilke, Blixen, Gracq,  London, Baudelaire, Dickens, Cendrars, Jouve, Dostoïevski, Llosa, Wilde, Bounine, Steinbeck, Gide, Joseph Roth, Djuna Barnes

Arthur Rimbaud; Georges Bernanos; Albert Cossery; Michel Ossorguine; Mikhaïl Boulgakov;  Miguel Torga ; F Scott Fitzgerald; Jean-Louis Joliot Albert Camus;  Doris Lessing; Richard Millet; Alice Munro; Gabriel Garcia-Marquez; Paul Gadenne  ...  à l'Odéon (Jean Gillibert) ;  au Grand Auditorium du  Crédit Foncier, au théâtre des  2 Rêves, au théâtre du Petit Hébertot, au théâtre du Gymnase,  au théâtre Branoul de la Haye...

 

"à voix haute et nue"© valorise les circuits courts.

Ainsi, La Compagnie En Perce animée avec l'acteur Christian Fischer, non seulement rédige et actionne des projets artistiques, culturels, ou de formation à l'expression orale et d'initiations à l'art de dire, de Conseil aux dirigeants, des séminaires pour l’Entreprise, mais encore, elle organise, à la demande de ses adhérents, soirées littéraires, (Bachelard à Bar sur Aude, Jean-Marie Turpin à La Madeleine, Pierre Boudot à la Crypte Saint Denys…) lectures, rencontres, conférences, spectacles…

En Perce insuffle, de plus, un nouveau projet, la Fédération de lecteurs

 

 (renseignements à l'issue d'une séance publique)

  programmation saison 2014-2015 «à voix haute et nue»© Lectures publiques de Michèle Venard

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