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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 17:09

Un voyage d’Ibn Baththoûtha à la Géode

 

Pour la littérature arabe, la décadence commence au XIII siècle et va durer jusqu’au milieu du XIXème siècle. Non que cette longue période de « siècles obscurs » ne comporte pas d’écrivains intéressants, de lettrés raffinés, de polygraphes transmettant des textes précieux, des érudits, quelques poètes, mais sauf chez l’extraordinaire Ibn Khaldoun au XIV siècle, la sève créatrice est à peu près tarie.

 

Auparavant, la valeur de la poésie antéislamique est incontestée par les Arabes même de nos jours. La qacîda bédouine d’Imroulquaïs, le roi poète, de Tarafa ou de Zouhaïr et prolongée dans la période des Oméïades de Damas (VII –VIII ème siècle) avec Akhtal, Jarîr et Farazdaq.

 

Sous les premiers Abbassides de Bagdad (VIII è – IX è siècles) Aboû Nowâs et Ibn Bord sont les personnalités poétiques les plus marquantes et dans les deux siècles de la période suivante, de Bagdad à Cordoue et l’Andalousie musulmane, ce sont Moutanabbî, Firâs, et Ibn Zaïdoun qui portent loin le sentiment de la beauté et les raffinements de la culture

 

Tout ces poètes avant même les auteurs d’Europe, chantent le libertinage aussi, le vin et les femmes. Ils méditent sur la brièveté de l’existence.

Avec le merveilleux recueil des Mille et une Nuits le conte est porté à son apogée ; les ouvrages grecs sont traduits au II et au IIIè siècle de l’hégire ; le philosophe Farabî mort en 950, commente Aristote, Ibn Sîna, Avicenne, mort en 1037, médecin, homme politique, musicologue, poète ouvre la voie philosophique qui se déplacera vers l’ouest.

 

Le grand prosateur Jâhidz, esprit libre, auteur notamment des Mérites respectifs des hommes et des femmes, de L’éloge du commerce et Blâme des fonctionnaires, du Livre du Rond et du Carré, du Classement des Ruses des Malfaiteurs et des Voleurs opérant soit de Jour, soit de Nuit, meurt en 869.

À la fois homme d’action, diplomate, ministre, voyageur, érudit, aventurier, esprit lucide et curieux Ibn Khaldoun a des vues originales sur les sujets les plus divers : critique historique, sciences divinatoires, civilisation urbaine, vie nomade, médecine, agriculture, poésie en langue vulgaire, pédagogie, droit, administration, finances, soufisme.. Il ouvre les voies à la sociologie, élabore une philosophie de l’histoire pour rendre compte des phénomènes qu’il observe : naissance, apogée, décadence des dynasties, rôle des sédentaires et des nomades. Sa vie aventureuse le conduit de Tunis à Grenade, Fès, Tlemcen, Bougie, en Syrie où il rencontre Tamerlan, et enfin au Caire où il meurt en 1406.

 

(d'après le cours d' arabe classique de Monsieur Tapiero, université de Lyon  et complété par Histoire des Littératures chez Gallimard)

 

Le film canadien proposé par la Géode et qui a une destinée internationale a choisi d’appuyer son scénario sur un écrit de Ibn Baththoûtha, qui lui aussi vécut pendant cette « période de sommeil » littéraire.

  Natif de Tanger, Ibn Baththoûtha (1304-1369) est l’auteur d’un passionnant récit de Voyages et périples  au Moyen-Orient, en Russie méridionale, en Inde, en Chine, en Malaisie, en Indonésie, au Maghreb, au Soudan, publié récemment en Pléïade chez Gallimard.

Le film documentaire de la Géode avec ses énormes moyens visuels illustre non sans ellipse l’un des étonnants parcours d’Ibn Baththoûtha de Tanger à la Mecque en passant par Damas pour faire le pèlerinage et devenir Hadj.

À l’écran, paysages superbes, déserts caillouteux, montagnes désertiques, dunes de sable, trajets sur le Nil, reconstitutions de décors anciens mixées par un habile travail de montage technique à des parties filmées aujourd’hui, nous conduisent à la Kaaba et à ses rituels de la religion musulmane.

Les effets spéciaux sont remarquables, les figurants bien trouvés, les protagonistes très beaux, les dromadaires épatants, les costumes bien reconstitués. Les dialogues, plutôt BD sont indigents. Le message culturel porté par la voix off, sommaire. La spiritualité est absente bien que le livre saint soit cité d’importance. Pourtant le voyageur pieux, Ibn Baththoûtha auteur du récit, dès son accomplissement du pèlerinage, l’un des 5 piliers de l’Islam, sans doute le plus fondamental pour la vie d’un croyant (une fois dans sa vie au moins et beaucoup s’endettent pour le faire) est présenté comme partant à la découverte du monde et pour prêcher, peut-être.

 

C’est comme si la technique et ses effets balayaient la réflexion en opérant par affirmations successives. L’ensemble a des allures de catalogues de voyage pour tourisme de masse et de petit catéchisme enfantin à son usage.

Il a pour effet latéral de donner du Coran l’idée qu’il est source d’injonctions, et du pèlerinage une vision ni recueillie ni inspirée, mais grouillante et mécanique, lapidante, assez inquiétante au fond.

On se demande comment ces milliers de gens, obligatoirement encadrés par des voyagistes et entassés sur les collines d’Arabie saoudite en plein désert, dorment, mangent, se soulagent, sont soignés…

Quant au film lui-même, il lui aurait fallu pour que cette production ne soit pas abrutissante une équipe avec le talent du réalisateur de Lawrence d’Arabie.

 

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Published by M.V - dans Choses vues
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Michèle Venard lit Alice Munro

2014-2015

2014-2015

 

Metteur en scène d'une quinzaine de spectacles professionnels joués à Paris, en province et à l'étranger, ( dont Kafka, Jarry, Sade...) à la forme théâtrale "rapide, surprenante, esthétique", "mettant comme l'écrit Jean Gillibert, les acteurs en responsabilité de jeu. C'est souvent très fort et peu usité dans le monde actuel, formaliste et esthétisant du théâtre", artiste dramatique, docteur ès lettres et dernière thésarde de Georges Couton, auteur de deux livres d’histoire du théâtre, Michèle Venard, par la lecture expressive, mène aussi, au sein de la compagnie En Perce Théâtre, le projet lectures "à voix haute et nue" © d'auteurs très, peu ou mal entendus.

Atelier nomade souple, suscitant, là où il a lieu, un Studio de Lectures et d'écoute,l'Atelier Permanent de Lectures et d'écoute existe depuis la Revue Parlée de Blaise Gautier au Centre Pompidou,où Michèle Venard, déjà,lisait Gombrowicz, Pound,  ou de Roux... À partir de 2003,  après un accident qui la priva de la marche, elle réactive son activité de lectrice, en province (Kafka, Bachelard, Hardellet, Rilke, Schultz, Bernanos), au Salon International du Livre de Ouessant, à Paris (au Nord-Ouest Claudel, Montherlant, Bloy) à la Maison des Métallos.(mise en scène-événement captée par Radio-France 8 heures de Présence théâtrale de Jean Gillibert, diffusées sur France - Culture),  à la Crypte de la Madeleine ( J-M Turpin)   à la Crypte Saint Denys ( Pierre  Boudot) au théâtre du Centre 6 (Stendhal, Poe, Villiers de l’Isle Adam, James, Verlaine MaupassantTchekhov, Joyce, Yourcenar, Gombrowicz, Highsmith, Mishima), au théâtre Pandora (Woolf, Zweig; Andersen, Pirandello, Moravia, Hemingway, Faulkner, Conrad, Lawrence, Hamsun, Lagerkvist, Morante, Green, Borges, Tanizaki, Andric, Kessel, Morand, Kawabata, Grossman,Giono, Bierce,Rilke, Blixen, Gracq,  London, Baudelaire, Dickens, Cendrars, Jouve, Dostoïevski, Llosa, Wilde, Bounine, Steinbeck, Gide, Joseph Roth, Djuna Barnes

Arthur Rimbaud; Georges Bernanos; Albert Cossery; Michel Ossorguine; Mikhaïl Boulgakov;  Miguel Torga ; F Scott Fitzgerald; Jean-Louis Joliot Albert Camus;  Doris Lessing; Richard Millet; Alice Munro; Gabriel Garcia-Marquez; Paul Gadenne  ...  à l'Odéon (Jean Gillibert) ;  au Grand Auditorium du  Crédit Foncier, au théâtre des  2 Rêves, au théâtre du Petit Hébertot, au théâtre du Gymnase,  au théâtre Branoul de la Haye...

 

"à voix haute et nue"© valorise les circuits courts.

Ainsi, La Compagnie En Perce animée avec l'acteur Christian Fischer, non seulement rédige et actionne des projets artistiques, culturels, ou de formation à l'expression orale et d'initiations à l'art de dire, de Conseil aux dirigeants, des séminaires pour l’Entreprise, mais encore, elle organise, à la demande de ses adhérents, soirées littéraires, (Bachelard à Bar sur Aude, Jean-Marie Turpin à La Madeleine, Pierre Boudot à la Crypte Saint Denys…) lectures, rencontres, conférences, spectacles…

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 (renseignements à l'issue d'une séance publique)

  programmation saison 2014-2015 «à voix haute et nue»© Lectures publiques de Michèle Venard

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