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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 11:34

J'ai assisté hier, à Bobigny, à la générale d'Orphée et Eurydice de Gluck, dans la version de Berlioz, amputée cependant des ballets et pantomimes, au bénéfice, peut-être, d'une vidéo supplétive.

L'opéra est interprété par les solistes de l'Atelier Lyrique de l'Opéra de Paris et par le Département Supérieur pour Jeunes chanteurs du Jeune Chœur de Paris - 28 jeunes sur le plateau, à la diction chantée parfois incompréhensible et deux chefs de chœur. Eux - mêmes accompagnés par l'Orchestre-Atelier Ostinato - 49 musiciens dans la fosse, dirigés par Geoffroi Jourdain, acclamés au salut .

Le montage financier initié par l'Atelier lyrique de l'Opéra national de Paris et la MC93 est remarquable d'utilisation institutionnelle de fonds publics disponibles auxquels se rajoutent les mécénats de l'AROP et de Pernod Ricard.

L'Orchestre-Atelier Ostinato reçoit en Île de France le soutien du ministère de la Culture (DRAC), du Conseil régional, du Conseil général du Val d'Oise, de la Mairie de Paris et de l'AFDAS

C'est dire que les moyens sont mis en place pour aider à l'insertion de jeunes professionnels dans le monde très fermé et très exigeant du lyrique.

 

Demander à Dominique Pitoiset d'assurer la "mise en scène" reste cependant une idée saugrenue. Pourquoi donner une telle responsabilité, culturelle, artistique et humaine à quelqu'un qui semble travailler si mal et si loin de la musique ?

Un seul coup d'œil sur les bégaiements et hésitations autour de la signification du livret (comme si le livret devait être mis en scène comme on le fait d'une pièce de théâtre) de Dominique Pitoiset et de son collaborateur ("la difficulté est de rendre explicite cette dramaturgie souterraine") aurait bien dû servir de répulsif à des financiers attentifs et amateurs d'art lyrique.

Mais rien à faire. Argent et spectateurs sont captés.

Raptés?

 

Egalement "scénographe", Dominique Pitoiset, touché par les idées tocardes d'actualiser l'Histoire, de banaliser l'exceptionnel, de renvoyer le merveilleux à un quotidien égalitaire, contribue à laver le mythe en plantant une déco de stand de grand magasin, montée sur tournette, cuisine équipée et chambre avec douche.

Accablant d'idéologie sectaire et de bêtise interprétative.

Langue de bois au service de la scène car ce même décor qui ne veut rien dire quant au sens profond de la musique mise en oreille et mise en acte de l'opéra monté, pourrait selon le catéchisme nouveau des spectacles d'opéra servir à n'importe quel autre spectacle sans culture et sans cœur, séparant le geste et la musique, l'œil et la pensée, le spectateur et les artistes.

 

Bien heureusement, nous sommes à l'opéra, l'orchestre et son chef ont le dernier mot, et du coup, la direction d'acteur par le "metteur en scène" est molle (s'il s'agissait d'une pièce de théâtre, l'intolérable serait atteint). Les solistes arrivent donc à échapper à cette mise en boîte consternante de l'univers de leur art, même si l'Amour (hier, Elisa Cenni) en loubard et attitudes vulgaires est particulièrement défavorisé). Marianne Crebassa qui chantait hier le rôle d'Orphée écrit initialement pour un castrat et traditionnellement habité par une voix de femme est épatante. La jeune chinoise Chenxing Yuan aussi (en alternance, Alisa Kolosova, Ilona Krzywicka, Olivia Doray).

 

On espère vivement que parvenus à la maturité de leur art, ces jeunes gens, musiciens et chanteurs seront enfin délivrés des maîtres en scène de l'opéra et leurs dispendieux mauvais coups auxquels les spectateurs semblent s'être résignés.

Car, en parfaite adéquation avec la magie des sons, un  metteur en scène d'opéra n'a-t-il pas à rendre visible la poésie secrète des symboles et du mystère ?

 

réaction d'un ami

"Après coup, il ne me reste en mémoire que le plaisir de la musique que je trouve superbe à défaut d’autres qualificatifs. Mais mon goût est orienté par ma passion de Gluck !
En fait, ce que j’ai aimé dans la mise en scène, c’est la manière dont Pitoiset utilise le choeur. Les choristes, en noir, sur cette sorte de manège en mouvement donne justement ce sentiment de déplacement  vertigineux et renvoie aux profondeurs abyssales des enfers comme si nous étions aspirés par des forces occultes. En revanche, l’utilisation multiple de ce “tourniquet” tue l’effet de ce sentiment qui disparaît pour ne laisser place qu’à cet impression agaçante d’exploitation facile de cet effet .
En fait, Pitoiset joue sur la distanciation. Il refuse, par sa mise ne scène, au public l’identification à ce couple célèbre. Pourquoi pas ?
Mais cela ne m’intéresse pas. Cette méthode de vouloir actualiser par un décor d’appartement “bobo”, le port des lunettes noires, signes d’une certaine “classe” un peu “m’as-tu vu” ,n’apporte pas grand chose à l’histoire si ce n’est de justement de replace le mythe dans une  société d’aujourd’hui avec tous ces clichés que j’abhorre. E je te passe le coup du fauteuil du paralytique !! Et de la vidéo pour nous faire comprendre (comme si nous étions des idiots) que ce couple a connu l’amour parfait ! La douleur d’Orphée suffit à nous le faire comprendre.
Et la cerise sur la gâteau est le parti pris de faire jouer le rôle de l’Amour par une sorte de “jeune bourgeoise” des années 80 aux comportements vulgaires comme si tirer par le bas par et les décors, et les accessoires ne suffisaient pas !
Bref, tu l’auras compris, seule la musique m’a fait vibrer. Je ne suis pas aussi calé qu’Alfred pour juger des voix, mais de ce que nous avons entendu, y compris le rôle de l’amour, j’ai trouvé cela d’un bon niveau.
Bisous." Francis

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Michèle Venard lit Alice Munro

2014-2015

2014-2015

 

Metteur en scène d'une quinzaine de spectacles professionnels joués à Paris, en province et à l'étranger, ( dont Kafka, Jarry, Sade...) à la forme théâtrale "rapide, surprenante, esthétique", "mettant comme l'écrit Jean Gillibert, les acteurs en responsabilité de jeu. C'est souvent très fort et peu usité dans le monde actuel, formaliste et esthétisant du théâtre", artiste dramatique, docteur ès lettres et dernière thésarde de Georges Couton, auteur de deux livres d’histoire du théâtre, Michèle Venard, par la lecture expressive, mène aussi, au sein de la compagnie En Perce Théâtre, le projet lectures "à voix haute et nue" © d'auteurs très, peu ou mal entendus.

Atelier nomade souple, suscitant, là où il a lieu, un Studio de Lectures et d'écoute,l'Atelier Permanent de Lectures et d'écoute existe depuis la Revue Parlée de Blaise Gautier au Centre Pompidou,où Michèle Venard, déjà,lisait Gombrowicz, Pound,  ou de Roux... À partir de 2003,  après un accident qui la priva de la marche, elle réactive son activité de lectrice, en province (Kafka, Bachelard, Hardellet, Rilke, Schultz, Bernanos), au Salon International du Livre de Ouessant, à Paris (au Nord-Ouest Claudel, Montherlant, Bloy) à la Maison des Métallos.(mise en scène-événement captée par Radio-France 8 heures de Présence théâtrale de Jean Gillibert, diffusées sur France - Culture),  à la Crypte de la Madeleine ( J-M Turpin)   à la Crypte Saint Denys ( Pierre  Boudot) au théâtre du Centre 6 (Stendhal, Poe, Villiers de l’Isle Adam, James, Verlaine MaupassantTchekhov, Joyce, Yourcenar, Gombrowicz, Highsmith, Mishima), au théâtre Pandora (Woolf, Zweig; Andersen, Pirandello, Moravia, Hemingway, Faulkner, Conrad, Lawrence, Hamsun, Lagerkvist, Morante, Green, Borges, Tanizaki, Andric, Kessel, Morand, Kawabata, Grossman,Giono, Bierce,Rilke, Blixen, Gracq,  London, Baudelaire, Dickens, Cendrars, Jouve, Dostoïevski, Llosa, Wilde, Bounine, Steinbeck, Gide, Joseph Roth, Djuna Barnes

Arthur Rimbaud; Georges Bernanos; Albert Cossery; Michel Ossorguine; Mikhaïl Boulgakov;  Miguel Torga ; F Scott Fitzgerald; Jean-Louis Joliot Albert Camus;  Doris Lessing; Richard Millet; Alice Munro; Gabriel Garcia-Marquez; Paul Gadenne  ...  à l'Odéon (Jean Gillibert) ;  au Grand Auditorium du  Crédit Foncier, au théâtre des  2 Rêves, au théâtre du Petit Hébertot, au théâtre du Gymnase,  au théâtre Branoul de la Haye...

 

"à voix haute et nue"© valorise les circuits courts.

Ainsi, La Compagnie En Perce animée avec l'acteur Christian Fischer, non seulement rédige et actionne des projets artistiques, culturels, ou de formation à l'expression orale et d'initiations à l'art de dire, de Conseil aux dirigeants, des séminaires pour l’Entreprise, mais encore, elle organise, à la demande de ses adhérents, soirées littéraires, (Bachelard à Bar sur Aude, Jean-Marie Turpin à La Madeleine, Pierre Boudot à la Crypte Saint Denys…) lectures, rencontres, conférences, spectacles…

En Perce insuffle, de plus, un nouveau projet, la Fédération de lecteurs

 

 (renseignements à l'issue d'une séance publique)

  programmation saison 2014-2015 «à voix haute et nue»© Lectures publiques de Michèle Venard

Paul Gadenne en lecture publique


 

 

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