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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 11:03

En allant sur la toile, je tombe par hasard sur le blog d’un homme souterrainement  influent dans les années 80.
Cet homme, dont le fils dirige encore aujourd’hui un théâtre lourdement subventionné, était tourneur autrefois. C'est-à-dire que ses réseaux, fortement idéologiques, quadrillaient le paysage artistique et qu’il avait à cœur de promouvoir des spectacles d’amis.
Il vient de rendre publiques sur son blog ses notes de spectateurs  qui ne peuvent en aucun cas passer pour des critiques de théâtre au sens je l’entends, mais qui ont fait loi cependant en leurs temps.

Ce qu’il écrit sur un de mes spectacles est suffisamment borné- il met en cause l’œil de Cournot et celui d’Armelle Héliot dans la presse nationale- pour que je rende publiques, à mon tour, des appréciations autres. Ainsi, dans cette page, celle du metteur en scène Brigitte Jaques sur le spectacle dont il est question : Un Homme Véritablement sans qualité.

Ce spectacle crée en mars 84 avec l’acteur Christian Fischer-Naudin, sans subvention aucune et hors du réseau balisé, s’articulait sur les rêves de Kafka. Philippe Adrien était venu le voir bien avant sa propre création sur le même thème.

Un Homme véritablement sans qualité avait été invité directement par le directeur du Festival de Sarrebruck alerté par le papier du Monde qualifiant de «chef-d’œuvre» ce spectacle,  mais ONDA -et Ginsburger, je le comprends aujourd’hui - avaient œuvré pour qu’il ne parte pas, pour que l’argent ne change pas de main.

 

Lettre de Brigitte Jaques metteur en scène à Michèle Venard

15 juillet 1984

Ma chère Michèle,

Je retrouve ces petites notes jetées sur mon cahier après que j’aie vu (en mars) ton merveilleux Kafka, et j’ose ici te les reproduire, espérant que peut-être tu en seras contente.

«J’aurai vu cette semaine quatre spectacles et le printemps et j’aurai éprouvé une sorte d’envie de vivre que je n’avis plus ressenti depuis des mois ou des années. J’aurai vu un Cinna, une Mouette, un spectacle de théâtre musical, un spectacle sur Kafka. C’est lui qui m’a le mieux plu. C’est là seulement que j’aurai rencontré le théâtre, la surprise ; j’étais d’abord convoquée au fond d’une cour. D’emblée, j’aimais cela, dépaysée, j’ai songé une fois de plus à Roger Blin, ce grand ami qui avait crée Godot au fond d’une cour. Avant j’avais aimé prendre le métro. C’était dimanche, presque plus de français aux alentours de République, des races multiples, de très jeunes gens, beaucoup d’enfants. Je me suis rappelé Chicago où j’avais pris le métro aérien, au centre de la ville, et j’avais gagné les quartiers noirs, en compagnie d’un ami acteur, survolant la ville. Le métro s’était comme déshabillé des blancs et à chaque station, le mélange blanc-noir s’accentue, le noir dominant de plus en plus jusqu’à plus un blanc dans le wagon, sauf nous, mais nous ne comptions pas, nous étions étrangers.

Alors, au fond de la cour, il y a un théâtre et je m’assieds. De ma place, je vois la cour que je viens de traverser et les gens qui arrivent, 30, 40 places dans ce lieu cela me semble presqu’idéal. Déjà nous sommes heureux d’être là ensemble, tout est inconnu, sauf Kafka peut-être.

Après, j’aime bien l’acteur, un peu trop «profondément» dirigé; j’aime le jeu subtil des rideaux; dévoilement successif de l’espace remarquable travail sur la partialité du noir, j’aime l’agencement des textes, papa, maman, sexe, excrément, interdit. Regardant, écoutant, je me souviens d’un rêve. Je songe au Verdict ; la condamnation à mort de l’enfant par les parents. Je songe avec larmes à l’illusion, au leurre entretenu à l’égard de l’enfant par la Mère, alors même qu’elle n’est que la face avenante du Père et qu’elle porte avec la même violence, l’ordre mortel à l’enfant. Je pense à L’éveil du printemps, ( de Frank Wedekind) où une scène kafkaïenne met aux prises une Mère et un Père apparemment opposés, tandis qu’à la fin, la Mère apprenant les entreprises sexuelles de son fils, durcit le verdict du Père, va plus loin que le Père. Avec larmes, les yeux dessillés, écoutant Kafka ici et maintenant, j’entends et je vois le piège où je fus moi-même coupable et sans crime, inventant quelques crimes pour rendre plus humain, pour justifier l’insupportable culpabilité.

Je ressens à nouveau l’horreur de La Métamorphose, l’être-déchet, rebus, de nouveau je sais pourquoi j’ai toujours haï La Métamorphose et Le Procès, pourquoi je n’ai jamais relu ces livres, avec lesquels je n’ai pu trouver aucun accommodement : Je est Kafka,  insupportable culpabilité, liée de plus à l’être Juif, au camp de la mort, Auschwitz où ma mère fut deux ans. Je suis effrayée de penser que seul Auschwitz était une réponse à la mesure de la culpabilité juive»

 

Voilà ma chère Michèle, les quelques réflexions que ton spectacle, et l’avant et l’après de celui-ci, engendrèrent.

 

Je serais ravie de te voir, tu sais, de parler avec toi.

Je suis à Paris fin juillet-début août et puis après début septembre.

Je t’embrasse.

Brigitte.

 

 

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Michèle Venard lit Alice Munro

2014-2015

2014-2015

 

Metteur en scène d'une quinzaine de spectacles professionnels joués à Paris, en province et à l'étranger, ( dont Kafka, Jarry, Sade...) à la forme théâtrale "rapide, surprenante, esthétique", "mettant comme l'écrit Jean Gillibert, les acteurs en responsabilité de jeu. C'est souvent très fort et peu usité dans le monde actuel, formaliste et esthétisant du théâtre", artiste dramatique, docteur ès lettres et dernière thésarde de Georges Couton, auteur de deux livres d’histoire du théâtre, Michèle Venard, par la lecture expressive, mène aussi, au sein de la compagnie En Perce Théâtre, le projet lectures "à voix haute et nue" © d'auteurs très, peu ou mal entendus.

Atelier nomade souple, suscitant, là où il a lieu, un Studio de Lectures et d'écoute,l'Atelier Permanent de Lectures et d'écoute existe depuis la Revue Parlée de Blaise Gautier au Centre Pompidou,où Michèle Venard, déjà,lisait Gombrowicz, Pound,  ou de Roux... À partir de 2003,  après un accident qui la priva de la marche, elle réactive son activité de lectrice, en province (Kafka, Bachelard, Hardellet, Rilke, Schultz, Bernanos), au Salon International du Livre de Ouessant, à Paris (au Nord-Ouest Claudel, Montherlant, Bloy) à la Maison des Métallos.(mise en scène-événement captée par Radio-France 8 heures de Présence théâtrale de Jean Gillibert, diffusées sur France - Culture),  à la Crypte de la Madeleine ( J-M Turpin)   à la Crypte Saint Denys ( Pierre  Boudot) au théâtre du Centre 6 (Stendhal, Poe, Villiers de l’Isle Adam, James, Verlaine MaupassantTchekhov, Joyce, Yourcenar, Gombrowicz, Highsmith, Mishima), au théâtre Pandora (Woolf, Zweig; Andersen, Pirandello, Moravia, Hemingway, Faulkner, Conrad, Lawrence, Hamsun, Lagerkvist, Morante, Green, Borges, Tanizaki, Andric, Kessel, Morand, Kawabata, Grossman,Giono, Bierce,Rilke, Blixen, Gracq,  London, Baudelaire, Dickens, Cendrars, Jouve, Dostoïevski, Llosa, Wilde, Bounine, Steinbeck, Gide, Joseph Roth, Djuna Barnes

Arthur Rimbaud; Georges Bernanos; Albert Cossery; Michel Ossorguine; Mikhaïl Boulgakov;  Miguel Torga ; F Scott Fitzgerald; Jean-Louis Joliot Albert Camus;  Doris Lessing; Richard Millet; Alice Munro; Gabriel Garcia-Marquez; Paul Gadenne  ...  à l'Odéon (Jean Gillibert) ;  au Grand Auditorium du  Crédit Foncier, au théâtre des  2 Rêves, au théâtre du Petit Hébertot, au théâtre du Gymnase,  au théâtre Branoul de la Haye...

 

"à voix haute et nue"© valorise les circuits courts.

Ainsi, La Compagnie En Perce animée avec l'acteur Christian Fischer, non seulement rédige et actionne des projets artistiques, culturels, ou de formation à l'expression orale et d'initiations à l'art de dire, de Conseil aux dirigeants, des séminaires pour l’Entreprise, mais encore, elle organise, à la demande de ses adhérents, soirées littéraires, (Bachelard à Bar sur Aude, Jean-Marie Turpin à La Madeleine, Pierre Boudot à la Crypte Saint Denys…) lectures, rencontres, conférences, spectacles…

En Perce insuffle, de plus, un nouveau projet, la Fédération de lecteurs

 

 (renseignements à l'issue d'une séance publique)

  programmation saison 2014-2015 «à voix haute et nue»© Lectures publiques de Michèle Venard

Paul Gadenne en lecture publique


 

 

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