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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 12:49

 

Soirée agréable hier à la MC 93 de Bobigny.

Le projet dramaturgique de Georges Lavaudant de «convier le spectateur à un voyage en Shakespearie» est séduisant sur le papier. A-t-il travaillé avec Daniel Loayza, traducteur et adaptateur, pour incruster dans La Tempête, au texte rogné, des bribes des deux derniers actes du Songe d’une Nuit d’été désossé ? Peut-être. Le directeur de théâtres d’état Georges Lavaudant a souvent procédé par collages, incrustations, enchâssements, et cela lui a réussi.
Que se manifeste aujourd’hui le besoin d’un retour au texte originel ne fait aucun doute. L’arrogance toute puissante du metteur en scène sur l’œuvre, intolérable lorsqu’il est sans culture et sans cœur, est vivace, y compris dans «l’enseignement de la mise en scène» ; mais d’autres projets inversent la tendance. Ainsi, le directeur de la MC 93 programme des lectures de grands auteurs de la littérature mondiale, lectures que font ailleurs, et depuis longtemps, des artistes véritablement indépendants !,

 

Donc, la MC 93 accueille aujourd’hui la compagnie de Georges Lavaudant, remplacé par Olivier Py à la tête de l’Odéon, et qui continue, tout comme un Bernard Sobel, sous l’œil des fonctionnaires de la culture, sa carrière en indépendant subventionné.

Les décors et costumes de son habituel et bienvenu partenaire artistique, Jean-Pierre Vergier, sont de toute simplicité et de toute beauté. Tissus soyeux gonflés de vent pour les flots en tempête, sol noir, ronds de lumière, carpette circulaire de verdure et de fleurs pour les scènes du Songe, rideau pourpre du théâtre de verdure, paroi coulissante ouvrant sur le mur de fond de scène, et dégageant les entrées ralenties des personnages de la cour, morts vivants. Dans cet espace à jouer noir, dansent les tâches colorées des costumes, marins napolitains, fées travello ou acteurs du théâtre dans le théâtre qui raconte burlesquement l’histoire des amants Pyrame et Thisbé. Réjouissant au possible. Réjouissant pour ceux qui découvrent comme pour ceux qui savent déjà. Le théâtre est un métier et le métier de Lavaudant, précieux.

Vétéran du plateau dont il a eu le privilège d’explorer toutes les ressources, Georges Lavaudant orchestre à la perfection ce spectacle réussi. La herse descend et se balance avec une fluidité magique sur le corps des amoureux, un manteau quitte l’épaule et monte aux cintres comme un oiseau. La musique est parfaite, depuis les premières notes de celle du Casanova de Fellini à des citations très subtiles d’autres spectacles de LG. Elle est magistralement incrustée dans l’action, elle l’accompagne et la soulève. Tous les effets tombent nets. C’est encore une fois magnifiquement orchestré et tenu par une équipe technique très au point.

Des notes grinçantes comme on a pu les remarquer dans des spectacles précédents, un peu aigres peut-être dans la volonté grimaçante de détruire la beauté comme avec certaines danses bécassonnes de la période Claude François. Mais comment ne pas se sentir petit quand on aborde de telles pièces aux univers transportants pour former le projet de les faire entendre au plus grand nombre?

 

Et maintenant les acteurs.

Trop d’écart entre les jeunes non qu’ils manquent d’énergie, mais tout simplement de technique vocale, (qui les choisit et qui les forme dans de coûteuses écoles?) et les superbes autres acteurs. Ce sont eux qui nous entraînent.

André Marcon est le Passeur. Sa partition de Prospéro à Obéron est d’une immense difficulté. Il est sans cesse sur le fil, entre intériorité et extériorité, et développe une ampleur d’acteur exceptionnelle. Nous le savions depuis qu’il disait Novarina, et jouait Baal. Son retour sur les planches dans un rôle à sa mesure est un événement rafraîchissant.

Luc-Antoine Diquéro, (épatant en Thisbé comme en Trinculo) Olivier Cruvellier, (Stéphano drôlissime en duo avec l’autre marin et qui s’est fait avec esprit la tête de Lavaudant pour jouer le metteur en scène) Jean-François Lapalus, (Gonzalo et le Lion), François Caron, (le Roi de Naples, Le Mur et une fée), Manuel Lelièvre (Puck et Caliban) développent liberté de jeu et aisance vocale. Le potelé Pascal Rénéric emporte les suffrages. Le rôle de Bottom qui joue Pyrame dans le Songe est non seulement emballant à jouer (je me souviens de Thierry Fortineau excellent dans la mise en scène de Stuart Seide) mais encore déclenche chez le spectateur une empathie immédiate.

Rénéric est fougueux, drôle, imaginatif, dégourdi, cocasse, insolent, libre. À ma connaissance peu reconnu par les metteurs en scène de théâtre à ce jour ou peut-être, entre de mauvaises mains, il trouve avec ce rôle et dans cette mise en scène brillante une expression à sa haute mesure.

 

Michèle Venard.

 

 

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Michèle Venard lit Alice Munro

2014-2015

2014-2015

 

Metteur en scène d'une quinzaine de spectacles professionnels joués à Paris, en province et à l'étranger, ( dont Kafka, Jarry, Sade...) à la forme théâtrale "rapide, surprenante, esthétique", "mettant comme l'écrit Jean Gillibert, les acteurs en responsabilité de jeu. C'est souvent très fort et peu usité dans le monde actuel, formaliste et esthétisant du théâtre", artiste dramatique, docteur ès lettres et dernière thésarde de Georges Couton, auteur de deux livres d’histoire du théâtre, Michèle Venard, par la lecture expressive, mène aussi, au sein de la compagnie En Perce Théâtre, le projet lectures "à voix haute et nue" © d'auteurs très, peu ou mal entendus.

Atelier nomade souple, suscitant, là où il a lieu, un Studio de Lectures et d'écoute,l'Atelier Permanent de Lectures et d'écoute existe depuis la Revue Parlée de Blaise Gautier au Centre Pompidou,où Michèle Venard, déjà,lisait Gombrowicz, Pound,  ou de Roux... À partir de 2003,  après un accident qui la priva de la marche, elle réactive son activité de lectrice, en province (Kafka, Bachelard, Hardellet, Rilke, Schultz, Bernanos), au Salon International du Livre de Ouessant, à Paris (au Nord-Ouest Claudel, Montherlant, Bloy) à la Maison des Métallos.(mise en scène-événement captée par Radio-France 8 heures de Présence théâtrale de Jean Gillibert, diffusées sur France - Culture),  à la Crypte de la Madeleine ( J-M Turpin)   à la Crypte Saint Denys ( Pierre  Boudot) au théâtre du Centre 6 (Stendhal, Poe, Villiers de l’Isle Adam, James, Verlaine MaupassantTchekhov, Joyce, Yourcenar, Gombrowicz, Highsmith, Mishima), au théâtre Pandora (Woolf, Zweig; Andersen, Pirandello, Moravia, Hemingway, Faulkner, Conrad, Lawrence, Hamsun, Lagerkvist, Morante, Green, Borges, Tanizaki, Andric, Kessel, Morand, Kawabata, Grossman,Giono, Bierce,Rilke, Blixen, Gracq,  London, Baudelaire, Dickens, Cendrars, Jouve, Dostoïevski, Llosa, Wilde, Bounine, Steinbeck, Gide, Joseph Roth, Djuna Barnes

Arthur Rimbaud; Georges Bernanos; Albert Cossery; Michel Ossorguine; Mikhaïl Boulgakov;  Miguel Torga ; F Scott Fitzgerald; Jean-Louis Joliot Albert Camus;  Doris Lessing; Richard Millet; Alice Munro; Gabriel Garcia-Marquez; Paul Gadenne  ...  à l'Odéon (Jean Gillibert) ;  au Grand Auditorium du  Crédit Foncier, au théâtre des  2 Rêves, au théâtre du Petit Hébertot, au théâtre du Gymnase,  au théâtre Branoul de la Haye...

 

"à voix haute et nue"© valorise les circuits courts.

Ainsi, La Compagnie En Perce animée avec l'acteur Christian Fischer, non seulement rédige et actionne des projets artistiques, culturels, ou de formation à l'expression orale et d'initiations à l'art de dire, de Conseil aux dirigeants, des séminaires pour l’Entreprise, mais encore, elle organise, à la demande de ses adhérents, soirées littéraires, (Bachelard à Bar sur Aude, Jean-Marie Turpin à La Madeleine, Pierre Boudot à la Crypte Saint Denys…) lectures, rencontres, conférences, spectacles…

En Perce insuffle, de plus, un nouveau projet, la Fédération de lecteurs

 

 (renseignements à l'issue d'une séance publique)

  programmation saison 2014-2015 «à voix haute et nue»© Lectures publiques de Michèle Venard

Paul Gadenne en lecture publique


 

 

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