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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 13:47

Jean – Pierre avait un humour ravageur. Et comme tous les grands artistes, amoureux de la beauté, c'était un homme cultivé. Il maniait la pensée et la langue. Il connaissait l'histoire, la peinture, le cinéma, la philosophie, la littérature, la musique, les pièces du théâtre mondial dont il était un très fin lecteur, poussant leur sens jusqu'au bout dans ses mises en scène.

Quand il obtint en 1965 avant Chéreau et Lavelli, le prix des Jeunes Compagnies pour Réussir à Chicago, il était déjà relié aux grands moments du théâtre de haut niveau et aux ambitions élevées, lançant ensuite, par exemple, les gueuloirs du théâtre ouvert d'Avignon, repris par d'autres.

 

Réalisateur de cinéma, il a notamment dirigé Fernando Rey, l'acteur de Bunuel.

Voilà son niveau.

 

Dans la bagarre menée contre les artistes il avait pris parti :

 

"Ce pays possède la plus grande entreprise de Commerce Culturel d’état qui ne répand sa manne financière, son purin fertilisant, qu’aux Gestionnaires de tout poil qui gèrent si artistiquement nos musées, nos théâtres et opéras parés de ces étranges feux d’artifices qui éblouissent nos boutiquiers décervelés.." écrivait-il.

 

Sa personne non manipulable, l'intelligence de son propos, politiquement incorrect, incisif, critique, libre; excessif (mais qu'est-ce qu'un artiste mesuré ?) et dont il n'a jamais perdu la verve, avaient déplu au cintrage des administrations et bureaux des arcanes des différents ministères de la Culture et autres syndicats. Ils ne lui avaient laissé aucune ouverture, ni les caciques de l'institution théâtrale, jaloux de leurs prérogatives et qui faisaient le vide autour d'eux : Dougnac est parti aux états-unis.

 

À son retour pour cause de maladie, les portes étaient encore plus closes. Il n'a pu aboutir, avec les moyens que sa notoriété, son envergure et son métier lui devaient, un seul de ses projets de mise en scène dans le théâtre public (cf par exemple son projet d'adaptation de La Conscience de Zéno d’Italo Svevo pour la Colline) et ce jusqu'à la dépossession d'une autre de ses adaptations par un directeur de CDN sans qu'il puisse trouver à ce jour, de recours juridique.

 

Il était courageux. Il n'avait ni hypocrisie ni aucune lâcheté. Il haïssait l'injustice et les compromissions, le mensonge. Il les avait en horreur.

Son refus intransigeant de flatter les narcissismes des uns et des autres a suscité contre lui des hostilités. Il lui a fait des ennemis à la petitesse avérée et dont il espérait toujours, parfois à tort, qu'il les ferait grandir. Il a été, lui qui était de toute volée, attaqué par le bas et il fait face.

 

Ses amitiés étaient profondes et sans concession. Donc périlleuses.

Surtout, il ne supportait pas la médiocrité au théâtre, insulte faite à son art.

 

Assoiffé d'absolu, Jean-Pierre Dougnac mettait très haut la pratique de son art, et son amour du théâtre qui rend visible, exigeait tant de redoutables exigences.

 

Je le cite dans sa passion, sa férocité salvatrice et ses lucides excès de vrai

 

"Il faut des acteurs portant en eux la dimension de ce désastre de la vie et ce rire des mots qui nous fait oublier le désespoir, et non pas des aboyeurs, des contorsionnistes, des grimaciers, des androïdes qui ne parlent pas mais pètent de la bouche, sont syndiqués et revendiquent le statut d’artistes dramatiques comme Renault-voiture qui s’est décerné celui de Créateur d’engins à roulettes"

 

et encore

"Les "metteurs en scène": cette race – faute de poètes - s’est multipliée comme des bousiers dans un haras. Ces techniciens du bruit, de l’enluminure et de la gesticulation scénographique ne reculent devant aucun artifice pour que nous ne puissions pas entendre le texte du poète que secrètement dans leur cœur, ils doivent exécrer. Texte qui les embarrasse, qui échappe à leur entendement Aussi mettent-ils tout en œuvre, de la plume au cul à la danse du ventre, pour que les aficionados notent bien leur virtuosité. L’important pour ces spécialistes reste de se faire remarquer par Le Pouvoir qu’il soit vert, brun ou rouge pour étayer leur plan de carrière. Ce sont des inventeurs roublards de sons et lumières, et ces techniques leur permettent d’annihiler la parole du poète"

 

Et aussi,

 

"Cette société, cette "culture" comme disait Freud, sent mauvais par tous les bouts. Elle a perdu son âme et ses buts en cours de route.

 

Comment ne pas devenir misanthrope ?"

 

Alceste pense qu'il peut changer le monde

 

Jean-Pierre Dougnac, artiste inscrit dans la mémoire du théâtre, reste un veilleur vivifiant.

 

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Published by michele-venard.over-blog.com - dans des artistes parlent aux artistes
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commentaires

Reibel François 11/09/2016 13:58

Madame, merci ! Pour Monsieur Dougnac, de parler enfin de lui... J'ai eu l'honneur, le privilège de le connaître sur la fin de ses jours... il habitait rue Falguière et me recevait parfois chez lui où je l'écoutais avec tant d'admiration et de reconnaissance ! Il avait lu mes poèmes... Il m'avait fait travailler sur scène, espace Boris Vian, à Pigalle. Il voulait que je joue dans son prochain film (un projet... illusoire ?) A l'époque, c'est l'une des rares et belles personnes qui croyait en moi... J'ai retrouvé le cahier où je notais bon nombre de ses réflexions, toujours si justes et si incisives :"L'acteur, c'est quelqu'un de physique qu'on manipule. Il faut imaginer à chaque fois quelque chose : on a besoin d'équivalences... Cela regarde chacun... Jusqu'où pouvez-vous aller ?" J'adorais quand il s'énervait : "Tu ne dois pas le savoir comment ça sort ; ça sort, un point c'est tout !"... Dougnac ! Un monstre de génie ! Un grand ! Trop dangereux, sans doute, pour les "petits" à l'odeur de... L'odeur... un texte de Dougnac... Il reste et restera pour moi, à jamais, à titre personnel, un phare dans la nuit... FR

Jacqueline Galas 03/06/2015 20:26

Je viens de réaliser mon erreur, je suis extrêmement confuse, madame Vénard.

Jacqueline

M.V 13/11/2015 13:49

Chère Jacqueline, je découvre votre message et ai répondu sur une adresse courriel. Si vous ne le receviez pas voici mon adresse courriel : enperce@fre.fr et mon tél: 01 42 39 21 61 . je ne comprends pas pourquoi vous vous excusez. c'est à moi de le faire , j'avais délaissé mon blog et je trouve seulement maintenant votre mot qui me touche. à bientôt Cordialement Michèle Venard

Jacqueline Galas 03/06/2015 20:24

Bonjour M.Venard

Je ne pense pas que nous nous soyons rencontrés. Je viens seulement de taper le nom de Jean-Pierre dans le secret espoir de trouver quelque chose sur lui et votre blog m'a fait du bien car j'y ai retrouvé les colères homériques de Jean-Pierre dont je fus la compagne jusque sa mort. Votre nom revenait souvent dans nos discussions, il est vrai que vous étiez l'une des rares personnes à trouver grâce à ses yeux.
Je voulais simplement vous remercier de cet hommage que vous lui rendez dans ce blog.

Bien sincèrement,

Jacqueline

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activités d'artiste

Michèle Venard lit Alice Munro

2014-2015

2014-2015

 

Metteur en scène d'une quinzaine de spectacles professionnels joués à Paris, en province et à l'étranger, ( dont Kafka, Jarry, Sade...) à la forme théâtrale "rapide, surprenante, esthétique", "mettant comme l'écrit Jean Gillibert, les acteurs en responsabilité de jeu. C'est souvent très fort et peu usité dans le monde actuel, formaliste et esthétisant du théâtre", artiste dramatique, docteur ès lettres et dernière thésarde de Georges Couton, auteur de deux livres d’histoire du théâtre, Michèle Venard, par la lecture expressive, mène aussi, au sein de la compagnie En Perce Théâtre, le projet lectures "à voix haute et nue" © d'auteurs très, peu ou mal entendus.

Atelier nomade souple, suscitant, là où il a lieu, un Studio de Lectures et d'écoute,l'Atelier Permanent de Lectures et d'écoute existe depuis la Revue Parlée de Blaise Gautier au Centre Pompidou,où Michèle Venard, déjà,lisait Gombrowicz, Pound,  ou de Roux... À partir de 2003,  après un accident qui la priva de la marche, elle réactive son activité de lectrice, en province (Kafka, Bachelard, Hardellet, Rilke, Schultz, Bernanos), au Salon International du Livre de Ouessant, à Paris (au Nord-Ouest Claudel, Montherlant, Bloy) à la Maison des Métallos.(mise en scène-événement captée par Radio-France 8 heures de Présence théâtrale de Jean Gillibert, diffusées sur France - Culture),  à la Crypte de la Madeleine ( J-M Turpin)   à la Crypte Saint Denys ( Pierre  Boudot) au théâtre du Centre 6 (Stendhal, Poe, Villiers de l’Isle Adam, James, Verlaine MaupassantTchekhov, Joyce, Yourcenar, Gombrowicz, Highsmith, Mishima), au théâtre Pandora (Woolf, Zweig; Andersen, Pirandello, Moravia, Hemingway, Faulkner, Conrad, Lawrence, Hamsun, Lagerkvist, Morante, Green, Borges, Tanizaki, Andric, Kessel, Morand, Kawabata, Grossman,Giono, Bierce,Rilke, Blixen, Gracq,  London, Baudelaire, Dickens, Cendrars, Jouve, Dostoïevski, Llosa, Wilde, Bounine, Steinbeck, Gide, Joseph Roth, Djuna Barnes

Arthur Rimbaud; Georges Bernanos; Albert Cossery; Michel Ossorguine; Mikhaïl Boulgakov;  Miguel Torga ; F Scott Fitzgerald; Jean-Louis Joliot Albert Camus;  Doris Lessing; Richard Millet; Alice Munro; Gabriel Garcia-Marquez; Paul Gadenne  ...  à l'Odéon (Jean Gillibert) ;  au Grand Auditorium du  Crédit Foncier, au théâtre des  2 Rêves, au théâtre du Petit Hébertot, au théâtre du Gymnase,  au théâtre Branoul de la Haye...

 

"à voix haute et nue"© valorise les circuits courts.

Ainsi, La Compagnie En Perce animée avec l'acteur Christian Fischer, non seulement rédige et actionne des projets artistiques, culturels, ou de formation à l'expression orale et d'initiations à l'art de dire, de Conseil aux dirigeants, des séminaires pour l’Entreprise, mais encore, elle organise, à la demande de ses adhérents, soirées littéraires, (Bachelard à Bar sur Aude, Jean-Marie Turpin à La Madeleine, Pierre Boudot à la Crypte Saint Denys…) lectures, rencontres, conférences, spectacles…

En Perce insuffle, de plus, un nouveau projet, la Fédération de lecteurs

 

 (renseignements à l'issue d'une séance publique)

  programmation saison 2014-2015 «à voix haute et nue»© Lectures publiques de Michèle Venard

Paul Gadenne en lecture publique


 

 

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