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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 13:48

Un parcours atypique

 

GUY Cambreleng pratique professionnellement le théâtre depuis quarante ans. Comédien, il a travaillé avec Beckett lui-même au Rond - Point, avec Richard Demarcy à l'Odéon, avec Catherine Dasté à Ivry, avec Pierre Chabert à la Colline…

Metteur en scène, il a d'abord collaboré, avec l'équipe de Charlie Hebdo en portant à la scène, de façon très marginale, les textes de Reiser, Gébé, Delfeil de Ton dans le théâtre de Fortune situé au métro Glacière. Il pratiquait alors aussi le théâtre de rue, jouait dans les cafés, sur les places en ville et en campagne, dans les vitrines, sur des péniches...

Dans les années 70, il part en Pologne. Il rencontre, à travers le courant parallèle à celui de Grotowski et dont s'est inspiré Kantor, le milieu théâtral polonais avec lequel il est toujours en contact, celui du Cabaret Grotesque. De retour en France, il continue d'explorer cette veine, et met en scène Witkiewicz, Rozewicz, Grochowiak, Pankowski, Mrozek, Drozdowski, dans cette esthétique, jeu d'interpellation du public, cassure des tons et transformation des situations. En 1981, il crée sa compagnie, le Théâtre du Grotesque avec Geneviève Dudret, sculpteur et scénographe, créatrice des lumières.

Pour parfaire ses connaissances théoriques, il fréquente l'Institut Théâtral de Paris III et suit un cursus complet. Après avoir soutenu un troisième cycle, il retourne à plein temps à la réalité du terrain de sa passion. Il met alors en scène des pièces dont il détecte le grotesque comme celles de Valle-Inclan, explore le foisonnement du répertoire witkacéen, s'intéresse également au théâtre contemporain russe (Erofeiev), tchèque (Hrabal) et arabe (Boudjedra).

 

C'est lors de sa création de 94 Pour ramasser la rose de Trzebinski à l'Espace Acteur, création mondiale réunissant sept comédiens qu'il lui fut annoncé que sa petite subvention de soixante dix mille Francs d'aide aux compagnies pour fonctionner et pour créer pendant un an était supprimée. Les sacrifices consentis pour payer les salaires et les charges afférentes des artistes s'avéraient désormais suicidaires.

Depuis, GUY Cambreleng que le "réseau" français officiel, fermé aux propositions atypiques, n'a jamais soutenu en terme d'achats de représentations, interprète lui-même et seul ses dernières créations : La Moreaumachie de Marcel Moreau, et Une entrée dans l'Histoire par l'escalier de service de Bruno Schulz.

En décembre dernier, le directeur du Centre Culturel Français de Iasi en Moldavie roumaine connaissant son parcours avec les auteurs de l'Est, l'a invité à présenter ses deux derniers spectacles au Théâtre national.

" Ce théâtre, vétuste, à l'italienne, date du dix-neuvième siècle compte 600 places et n'est plus entretenu depuis 1990. Il fonctionne suivant les normes, restées encore en vigueur, d'un communisme disparu : pléthore d'employés à très bas salaires restés stables alors que l'inflation a multiplié les prix par 8, inefficacité de ce personnel dont l'unique présence oisive occasionne un salaire dérisoire de 180 F par mois. La ville de Iasi compte 450.000 habitants avec presque 1/5 d'étudiants dont beaucoup sont francophones et francophiles. Les représentations ont été extrêmement chaleureuses et suivies.

Aujourd'hui, le théâtre en Roumanie subsiste dans  les structures existantes, hors toute continuité de travail. Un metteur en scène engage ponctuellement des comédiens issus des écoles d'état pour un spectacle. La notion de compagnie indépendante en tant que regroupement d'artistes et multiplication de la variété de l'offre est quasiment absente. C'est d'autant plus dommage que la population a un fort appétit de théâtre, et ne subit plus l'oppression. On m'a raconté que Ceaucescu allait une fois par an au théâtre, le jour de son anniversaire. Ses goûts le portaient vers des pièces médiocres et pour remplir la salle, la police politique effectuait des rafles avant la représentation. Puis, le théâtre bouclait les portes afin d'éviter que les spectateurs contraints ne partent avant la fin. Mais en 1987, le public réussit  à s'enfuir : Il sortit par la scène, en passant au milieu des comédiens ! 

Si l'absence de subvention ne m'a pas empêché de créer en Roumanie, ajoute-t-il, elle rend très difficile une reprise en France et en particulier à Paris. En effet, le réseau des salles pour les compagnies est intégralement payant et pénalise particulièrement les créations d'auteurs contemporains non listés."

 

Ainsi, depuis vingt neuf années, GUY Cambreleng voyage et joue fréquemment à l'Est, ignoré de toute « Académie Expérimentale de Théâtre » ou de tout bureau AFAA ! En grande vitalité, et en toute indépendance, il circule également en France et en Suisse où des équipes comme l'Acte-lier du Perche au Mans, le Laboratoire à Marseille, le Kulturteater à Bienne…, font appel à lui pour jouer et mettre en scène. Intermittent du spectacle, il a atteint l'âge de la retraite et, alors qu'il a toujours travaillé, mais trop souvent avec des cachets malingres, il perçoit 3800 F par mois.

Les activités théâtrales comme la sienne, difficiles et créatives, impalpables, adaptables, ne sont - elles pas stupidement sacrifiées au bénéfice d'un appareillage où se multiplient les intermédiaires non productifs et dont la connaissance du terrain se borne souvent à recueillir des avis donnés hâtivement ou encore d'une manière orientée ?

Un parcours comme le sien consacré à un libre choix d'auteurs contemporains peu joués, l'investissement intellectuel, physique, financier, de toute une vie pour les faire connaître, ceux d'autres artistes indépendants, se heurteront-ils, toujours, lugubrement, à la surdité des officiels ?

Et surtout comment faire pour réussir, à exercer son métier et à en vivre hors des circuits étatiques qui verrouillent le paysage théâtral français ?

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Published by michele-venard.over-blog.com - dans Politiques culturelles parcours et témoignages
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activités d'artiste

Michèle Venard lit Alice Munro

2014-2015

2014-2015

 

Metteur en scène d'une quinzaine de spectacles professionnels joués à Paris, en province et à l'étranger, ( dont Kafka, Jarry, Sade...) à la forme théâtrale "rapide, surprenante, esthétique", "mettant comme l'écrit Jean Gillibert, les acteurs en responsabilité de jeu. C'est souvent très fort et peu usité dans le monde actuel, formaliste et esthétisant du théâtre", artiste dramatique, docteur ès lettres et dernière thésarde de Georges Couton, auteur de deux livres d’histoire du théâtre, Michèle Venard, par la lecture expressive, mène aussi, au sein de la compagnie En Perce Théâtre, le projet lectures "à voix haute et nue" © d'auteurs très, peu ou mal entendus.

Atelier nomade souple, suscitant, là où il a lieu, un Studio de Lectures et d'écoute,l'Atelier Permanent de Lectures et d'écoute existe depuis la Revue Parlée de Blaise Gautier au Centre Pompidou,où Michèle Venard, déjà,lisait Gombrowicz, Pound,  ou de Roux... À partir de 2003,  après un accident qui la priva de la marche, elle réactive son activité de lectrice, en province (Kafka, Bachelard, Hardellet, Rilke, Schultz, Bernanos), au Salon International du Livre de Ouessant, à Paris (au Nord-Ouest Claudel, Montherlant, Bloy) à la Maison des Métallos.(mise en scène-événement captée par Radio-France 8 heures de Présence théâtrale de Jean Gillibert, diffusées sur France - Culture),  à la Crypte de la Madeleine ( J-M Turpin)   à la Crypte Saint Denys ( Pierre  Boudot) au théâtre du Centre 6 (Stendhal, Poe, Villiers de l’Isle Adam, James, Verlaine MaupassantTchekhov, Joyce, Yourcenar, Gombrowicz, Highsmith, Mishima), au théâtre Pandora (Woolf, Zweig; Andersen, Pirandello, Moravia, Hemingway, Faulkner, Conrad, Lawrence, Hamsun, Lagerkvist, Morante, Green, Borges, Tanizaki, Andric, Kessel, Morand, Kawabata, Grossman,Giono, Bierce,Rilke, Blixen, Gracq,  London, Baudelaire, Dickens, Cendrars, Jouve, Dostoïevski, Llosa, Wilde, Bounine, Steinbeck, Gide, Joseph Roth, Djuna Barnes

Arthur Rimbaud; Georges Bernanos; Albert Cossery; Michel Ossorguine; Mikhaïl Boulgakov;  Miguel Torga ; F Scott Fitzgerald; Jean-Louis Joliot Albert Camus;  Doris Lessing; Richard Millet; Alice Munro; Gabriel Garcia-Marquez; Paul Gadenne  ...  à l'Odéon (Jean Gillibert) ;  au Grand Auditorium du  Crédit Foncier, au théâtre des  2 Rêves, au théâtre du Petit Hébertot, au théâtre du Gymnase,  au théâtre Branoul de la Haye...

 

"à voix haute et nue"© valorise les circuits courts.

Ainsi, La Compagnie En Perce animée avec l'acteur Christian Fischer, non seulement rédige et actionne des projets artistiques, culturels, ou de formation à l'expression orale et d'initiations à l'art de dire, de Conseil aux dirigeants, des séminaires pour l’Entreprise, mais encore, elle organise, à la demande de ses adhérents, soirées littéraires, (Bachelard à Bar sur Aude, Jean-Marie Turpin à La Madeleine, Pierre Boudot à la Crypte Saint Denys…) lectures, rencontres, conférences, spectacles…

En Perce insuffle, de plus, un nouveau projet, la Fédération de lecteurs

 

 (renseignements à l'issue d'une séance publique)

  programmation saison 2014-2015 «à voix haute et nue»© Lectures publiques de Michèle Venard

Paul Gadenne en lecture publique


 

 

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