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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 13:27

Est - ce si détestable ?

Il s'agit d'un théâtre dont le directeur est lui-même un artiste, c'est à dire quelqu'un qui consacre exclusivement sa vie à un art. Est-ce si détestable ?

 

Auteur, metteur en scène, acteur, directeur sans salaire de directeur, Jean-Luc Jeener utilise le montant de la subvention ministérielle attribuée à sa compagnie pour créer lui-même des spectacles et pour programmer des oeuvres théâtrales dans les deux salles du Théâtre du Nord Ouest 13, rue du Faubourg Montmartre qu'il loue à un bailleur parisien. Est-ce si détestable ?

 

Jean-Luc Jeener a un projet artistique, mis en oeuvre et éprouvé : Depuis juin 1997, sa programmation articule des périodes consacrées pendant 6 mois à l'intégrale d'un auteur classique, et pendant six autres mois à des pièces de création autour d'un thème contemporain de réflexion. Est-ce si détestable ?

 

Contrairement aux pratiques d'autres lieux même financièrement soutenus, les équipes associées ne louent pas les salles. Elles peuvent répéter et jouer gratuitement. Est-ce si détestable ?

 

Si théâtres publics et privés alignent leurs vacances sur les congés scolaires, le théâtre du Nord-Ouest, à Paris sans soutien de la Ville, donne des représentations pendant les quatre saisons, tous les jours, après-midi et soirée. Toute l'année, douze mois sur douze, par canicule ou grand frimas, les artistes fournissent du travail, intellectuel et pratique, concret, visible, audible, et qui peut s’évaluer.

 

En raison des très mauvaises conditions techniques, en raison des très nombreuses gradations d’exigences, peu de choses abouties. C’est la limite du lieu. Limite également présente, hélas, dans bien des théâtres soutenus et aux directions paresseuses.

Et encore, présences prégnantes de trop d'équipes sans éthique, incapables, par exemple, de garder les loges et le plateau nets.

 

Le libre arbitre laissé à chacun par Jean-Luc Jeener s'adresse, au fond, à une élite qui s'auto disciplinerait et n'est pas compris par le tout venant, utilisateur du lieu et pourvoyeur de spectacles et de spectateurs. Comme si, entre le stakhanovisme forcené, stalinien, à la Mnouchkine, et l'absence de règles, il n'y avait pas d'intermédiaires possibles. Question de personnes sans doute. Question aussi de rapport de chacun au théâtre et à l'art.

 

C'est dommage pour les meilleurs, car, un artiste, dans ce théâtre du Nord - Ouest, a un accès direct au directeur, constamment présent, et qui de plus, critique dramatique dans un journal, se déplace, pour aller voir, ailleurs, le travail des autres, dans les autres théâtres, ce que ne font que rarement, par curiosité artistique et intellectuelle, bien d’autres "directeurs".

 

Au Nord-Ouest, un artiste n'est ni mal accueilli, ni chassé, ni battu, ni dénié. Il est écouté, entendu. L'argent qu'il apporterait, les pressions politique et syndicale ne sont pas le critère de sélection pour jouer au Nord-Ouest. Les spectateurs, aussi, sont bien traités, aimablement et avec respect.

Est-ce si détestable ?

 

Certes les conditions de travail, dites clairement et sans ambiguïté dès les premières négociations, sont ardues et les débouchés infimes. Une profession sinistrée et maltraitée se jette à fonds perdu dans la force du travail de plateau et se forge la continuité d'une histoire.

 

Le directeur ne gruge pas à son profit les intermittents précaires qui jouent ici et que trop de comédiens amateurs ou retraités poussent hors les murs. Il n'en a aucun profit financier ou de prestige. Au contraire. Malgré le travail fourni Jean-Luc Jeener est personnellement endetté.

 

Nautonier visible de la galaxie Nord - Ouest, Jean-Luc Jeener cherche à maintenir une utopie de théâtre. Dans la lignée du théâtre de l’incarnation [1] et qui place l'Homme au centre de la vie et du travail théâtral, il tient bon, sur un champ de ruines.

 

Car beaucoup de ceux qui soutiennent et agissent ce théâtre là, un théâtre de l'incarnation et du souffle et non de la décoration et de la mort de l'homme et de l'œuvre, ont été écartés : Mort sociale par étouffement matériel et impossibilité de gagner leur vie au théâtre, mort artistique par empêchement d'exister, mort de l'esprit par l'écrasement du vivant que les décisions des bureaux ignorantes du terrain, affectionnent, réclamant étourdiment une "rentabilité" financière ( pour qui, comment et avec qui ?) qu'elles- mêmes n'engendrent pas.

 

Comme si ce n'était pas le désir d'un artiste de toucher avec qualité et en profondeur tout spectateur venu librement au théâtre entendre palpiter l'esprit du monde ?

 

Est-ce si détestable ?

 


[1] Cf le parcours de Jean Gillibert, et ses écrits, notamment L'Acteur en création et L'Esprit du théâtre.

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Published by michele-venard.over-blog.com - dans des artistes parlent aux artistes
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Michèle Venard lit Alice Munro

2014-2015

2014-2015

 

Metteur en scène d'une quinzaine de spectacles professionnels joués à Paris, en province et à l'étranger, ( dont Kafka, Jarry, Sade...) à la forme théâtrale "rapide, surprenante, esthétique", "mettant comme l'écrit Jean Gillibert, les acteurs en responsabilité de jeu. C'est souvent très fort et peu usité dans le monde actuel, formaliste et esthétisant du théâtre", artiste dramatique, docteur ès lettres et dernière thésarde de Georges Couton, auteur de deux livres d’histoire du théâtre, Michèle Venard, par la lecture expressive, mène aussi, au sein de la compagnie En Perce Théâtre, le projet lectures "à voix haute et nue" © d'auteurs très, peu ou mal entendus.

Atelier nomade souple, suscitant, là où il a lieu, un Studio de Lectures et d'écoute,l'Atelier Permanent de Lectures et d'écoute existe depuis la Revue Parlée de Blaise Gautier au Centre Pompidou,où Michèle Venard, déjà,lisait Gombrowicz, Pound,  ou de Roux... À partir de 2003,  après un accident qui la priva de la marche, elle réactive son activité de lectrice, en province (Kafka, Bachelard, Hardellet, Rilke, Schultz, Bernanos), au Salon International du Livre de Ouessant, à Paris (au Nord-Ouest Claudel, Montherlant, Bloy) à la Maison des Métallos.(mise en scène-événement captée par Radio-France 8 heures de Présence théâtrale de Jean Gillibert, diffusées sur France - Culture),  à la Crypte de la Madeleine ( J-M Turpin)   à la Crypte Saint Denys ( Pierre  Boudot) au théâtre du Centre 6 (Stendhal, Poe, Villiers de l’Isle Adam, James, Verlaine MaupassantTchekhov, Joyce, Yourcenar, Gombrowicz, Highsmith, Mishima), au théâtre Pandora (Woolf, Zweig; Andersen, Pirandello, Moravia, Hemingway, Faulkner, Conrad, Lawrence, Hamsun, Lagerkvist, Morante, Green, Borges, Tanizaki, Andric, Kessel, Morand, Kawabata, Grossman,Giono, Bierce,Rilke, Blixen, Gracq,  London, Baudelaire, Dickens, Cendrars, Jouve, Dostoïevski, Llosa, Wilde, Bounine, Steinbeck, Gide, Joseph Roth, Djuna Barnes

Arthur Rimbaud; Georges Bernanos; Albert Cossery; Michel Ossorguine; Mikhaïl Boulgakov;  Miguel Torga ; F Scott Fitzgerald; Jean-Louis Joliot Albert Camus;  Doris Lessing; Richard Millet; Alice Munro; Gabriel Garcia-Marquez; Paul Gadenne  ...  à l'Odéon (Jean Gillibert) ;  au Grand Auditorium du  Crédit Foncier, au théâtre des  2 Rêves, au théâtre du Petit Hébertot, au théâtre du Gymnase,  au théâtre Branoul de la Haye...

 

"à voix haute et nue"© valorise les circuits courts.

Ainsi, La Compagnie En Perce animée avec l'acteur Christian Fischer, non seulement rédige et actionne des projets artistiques, culturels, ou de formation à l'expression orale et d'initiations à l'art de dire, de Conseil aux dirigeants, des séminaires pour l’Entreprise, mais encore, elle organise, à la demande de ses adhérents, soirées littéraires, (Bachelard à Bar sur Aude, Jean-Marie Turpin à La Madeleine, Pierre Boudot à la Crypte Saint Denys…) lectures, rencontres, conférences, spectacles…

En Perce insuffle, de plus, un nouveau projet, la Fédération de lecteurs

 

 (renseignements à l'issue d'une séance publique)

  programmation saison 2014-2015 «à voix haute et nue»© Lectures publiques de Michèle Venard

Paul Gadenne en lecture publique


 

 

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