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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 17:51

électre

 de Hugo Von Hofmennsthal

Grande Salle du Théâtre de la Colline mise en scène Stanislas Nordey.

 

 

Après avoir dirigé le CDn de Saint-Denis, Stanislas Nordey metteur en scène et sa compagne Valérie Lang, maintenant artistes - associés au Théâtre national de Bretagne, viennent au Théâtre national de la Colline à Paris, montrer le résultat de leurs travaux : électre de Hugo Von Hofmennsthal dans laquelle ils jouent Oreste et sa sœur, couple meurtrier, figures légendaires des enfants d'Agamemnon et de Clytemnestre.

  Les intentions de mise en scène sont visibles d'emblée. L'univers scénique mis en place pourrait être celui de l'opéra de Strauss dont le livret a pris appui sur la pièce. Elles visent au spectacle stylisé de l'émotion tragique : Tenebra obscura, levée graduellement, pinceaux de lumière sur les visages et les silhouettes, plans frontaux, avec en fond de scène la porte du palais sur laquelle se découpent les ombres des protagonistes. Une pluie de papillons rouges tombera des cintres, et électre que le metteur en scène, un peu à court, superpose à Antigone, dégagera les trappes de plateau et grattera dans une terre meuble en se recouvrant de poussière.

 

Or, la réalisation, c'est à dire, l'organisation, non seulement d'une forme, mais le travail personnel du metteur en scène et des acteurs duquel devrait jaillir la forme pour que tout joue ensemble, présente, compte tenu de l’ampleur des moyens financiers et techniques à disposition, plus que des insuffisances :

 

Dès l'ouverture dans le noir, ignorant des règles de l'art de dire, le chœur crachouille dans les micros. Le ton, ainsi est d'emblée donné. Il sera celui de tout le spectacle : un énorme défaut de respiration. Or, la respiration sous-tend le vertige du son et du sens et ses valeurs d'incarnation, absentes de cette production de théâtre national.

 

à la Colline, les protagonistes s'essoufflent, aussi bien par handicap technique que par écrasement du sens. Clytemnestre (Véronique Nordey) et Oreste (Stanislas Nordey) aplatissent les paroles en les banalisant et les vident de sens. Sophie Mihran (Chrysothémis, la sœur cadette) échappe parfois à ce système verrouillant, imposé par la "direction" d'acteurs, mais elle est vite rappelée à l'ordre de la voix et du corps volontairement muselés. Bruno Pésenti avec égisthe, dont la partition textuelle est sporadique n'échappe pas au carnage généralisé orchestré dans la pénombre du plateau mais à l'abri de l'institution théâtrale d'état :

ainsi, négation de la vérité psychique, négation de l'homme - acteur sur le plateau, évacuation du sensible.

 

à cela s'ajoutent, toujours dès la scène d'ouverture du chœur, les défauts du travail encore élargis par la suite, soit, la maladresse non corrigée de la prononciation inversée des voyelles ouvertes ou fermées. Cette inversion se retrouve dans le mouvement même et des corps et du texte :

ainsi, Stanislas Nordey pratique le part-pris vitézien de l'inversion entre ce qui est dit et ce qui est fait. Les corps font le contraire de ce que disent les bouches, la lumière des projecteurs aussi. érigé en système, le procédé provoque l'hilarité. Salutaire rébellion de spectateurs lassés.

 

 

Et encore, ce parti pris de gommer tout affect désavantage le jeu de l'actrice éponyme (Valérie Lang) à laquelle a été confié la partition textuelle centrale, extrêmement longue, et peut-être trop difficile pour son niveau de jeu dans un rôle où l'on attendrait une Casarès, une Fersen, une Hiegel ou Strancar, jeunes.

Elle manque d'ampleur, de rythme, de nuances, et, bien que cadrée souvent seule, de présence. Sa fureur tragique, mimée par des extériorités plus ou moins savantes, gesticulations de sémaphore qu'elle fige, postures machinales en hiéroglyphes, est de surface, plus épidermique que ventrale, anecdotique.

Quand l'émotion lui vient, cette comédienne s'emprisonne trop vite dans un rythme répétitif un peu pleurnichard.

Surtout, des moments centraux d'improvisation de jeu sont laissés en jachère au lieu d'être portés plus loin par une vraie imagination d'actrice. : lorsqu' elle creuse et s'asperge de terre, elle le fait comme creuserait un lapin avec ses pattes de derrière, mais sans rien en faire d'autre; lorsqu'elle relève avec fracas, une à une, la soixantaine de chaises qui jonchent le plateau, elle le fait seulement avec un trépignement d'autoritarisme, pas dans une vraie nécessité interne. Du coup, lorsqu'elle termine, physiquement épuisée, des applaudissements fusent mais - en tirera-t-elle leçon ?- comme au cirque, pour saluer le numéro.

 

C'est dire la décevante faiblesse de l'actrice précédée cependant par la rumeur flatteuse de lobbystes chevronnés et pour laquelle toute critique apparaît comme une malveillante manœuvre orientée contre son père et contre son parti. C'est dire l'état de confusion dans lequel se trouvent et le monde de la critique et le monde du théâtre d'état. C'est dire le totalitarisme de l'ensemble : Critiquer c'est se fusiller. Courtiser ou mourir.

 

électre enfant royal, peut bien être, pourquoi pas, une vieille fille mal bâtie, mais il faut à l'actrice qui l'incarne, afin d'aborder valablement les univers des poètes des antiques cités guerrières, de la profondeur psychique et un sens inouï du sacré. C'est une plongée à risque, valable pour les autres acteurs et très difficile. Il en faut l'étoffe et être guidé avec compétence et avec cœur. Et ne pas jouer seul. Car le spectacle a encore un défaut de taille et qui touche à l'acte même de communiquer :

le spectateur ne comprend pas à qui s'adressent les acteurs, à qui ils parlent, b/a ba du métier pourtant. Métier fragile, artisanat d'art, dont la dévaluation, ici aussi, est patente.

 

Pas plus que lors d'une précédente électre, celle de Sophocle, jouée au CDn de Nanterre, le spectateur n'est saisi par la dimension tragique de la pièce. Jamais il n'est emporté par le rêve du personnage qui le ferait rêver dans l'espace immense du plateau et dans celui intemporel du mythe.

Hélas.

 

Par michele-venard.over-blog.com - Publié dans : critiques de théâtre
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Michèle Venard lit Alice Munro

2014-2015

2014-2015

 

Metteur en scène d'une quinzaine de spectacles professionnels joués à Paris, en province et à l'étranger, ( dont Kafka, Jarry, Sade...) à la forme théâtrale "rapide, surprenante, esthétique", "mettant comme l'écrit Jean Gillibert, les acteurs en responsabilité de jeu. C'est souvent très fort et peu usité dans le monde actuel, formaliste et esthétisant du théâtre", artiste dramatique, docteur ès lettres et dernière thésarde de Georges Couton, auteur de deux livres d’histoire du théâtre, Michèle Venard, par la lecture expressive, mène aussi, au sein de la compagnie En Perce Théâtre, le projet lectures "à voix haute et nue" © d'auteurs très, peu ou mal entendus.

Atelier nomade souple, suscitant, là où il a lieu, un Studio de Lectures et d'écoute,l'Atelier Permanent de Lectures et d'écoute existe depuis la Revue Parlée de Blaise Gautier au Centre Pompidou,où Michèle Venard, déjà,lisait Gombrowicz, Pound,  ou de Roux... À partir de 2003,  après un accident qui la priva de la marche, elle réactive son activité de lectrice, en province (Kafka, Bachelard, Hardellet, Rilke, Schultz, Bernanos), au Salon International du Livre de Ouessant, à Paris (au Nord-Ouest Claudel, Montherlant, Bloy) à la Maison des Métallos.(mise en scène-événement captée par Radio-France 8 heures de Présence théâtrale de Jean Gillibert, diffusées sur France - Culture),  à la Crypte de la Madeleine ( J-M Turpin)   à la Crypte Saint Denys ( Pierre  Boudot) au théâtre du Centre 6 (Stendhal, Poe, Villiers de l’Isle Adam, James, Verlaine MaupassantTchekhov, Joyce, Yourcenar, Gombrowicz, Highsmith, Mishima), au théâtre Pandora (Woolf, Zweig; Andersen, Pirandello, Moravia, Hemingway, Faulkner, Conrad, Lawrence, Hamsun, Lagerkvist, Morante, Green, Borges, Tanizaki, Andric, Kessel, Morand, Kawabata, Grossman,Giono, Bierce,Rilke, Blixen, Gracq,  London, Baudelaire, Dickens, Cendrars, Jouve, Dostoïevski, Llosa, Wilde, Bounine, Steinbeck, Gide, Joseph Roth, Djuna Barnes

Arthur Rimbaud; Georges Bernanos; Albert Cossery; Michel Ossorguine; Mikhaïl Boulgakov;  Miguel Torga ; F Scott Fitzgerald; Jean-Louis Joliot Albert Camus;  Doris Lessing; Richard Millet; Alice Munro; Gabriel Garcia-Marquez; Paul Gadenne  ...  à l'Odéon (Jean Gillibert) ;  au Grand Auditorium du  Crédit Foncier, au théâtre des  2 Rêves, au théâtre du Petit Hébertot, au théâtre du Gymnase,  au théâtre Branoul de la Haye...

 

"à voix haute et nue"© valorise les circuits courts.

Ainsi, La Compagnie En Perce animée avec l'acteur Christian Fischer, non seulement rédige et actionne des projets artistiques, culturels, ou de formation à l'expression orale et d'initiations à l'art de dire, de Conseil aux dirigeants, des séminaires pour l’Entreprise, mais encore, elle organise, à la demande de ses adhérents, soirées littéraires, (Bachelard à Bar sur Aude, Jean-Marie Turpin à La Madeleine, Pierre Boudot à la Crypte Saint Denys…) lectures, rencontres, conférences, spectacles…

En Perce insuffle, de plus, un nouveau projet, la Fédération de lecteurs

 

 (renseignements à l'issue d'une séance publique)

  programmation saison 2014-2015 «à voix haute et nue»© Lectures publiques de Michèle Venard

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