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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 13:04

Le théâtre de la Ville (947 places) est plein à craquer pour accueillir le spectacle de Christoph Marthaler que son directeur qui cumule sa fonction avec celle de directeur du Festival d'Automne a programmé.

La production, la tournée et la notoriété des théâtres sont européennes, des fonds du Nordic Culture Point et du Nordic Culture Fund sont parties prenantes dans ce montage financier avisé et qui n'est certainement pas modeste.

 

Le programme signé Colette Godard nous explique ce que nous devons comprendre et ce à quoi nous devons nous attendre :

Le metteur en scène "voyageur" et sa Compagnie sont allés au Groenland et, frappés par l'aéroport de Nuuk comme par les paysages du Grand Nord que nous connaissons en France depuis au moins la lecture de Jack London, ont inventé le spectacle Plus ou Moins Zéro.

"L'instabilité, le moment où tout va changer, voilà ce qui intéresse Marthaler"

Bon.

Mais commenter n'est pas jouer et les "acteurs", (doit-on les appeler ainsi ?), après une très longue attente scandée par des bruits de bottes, font entendre des phrases en allemand, en français, en danois, en anglais, en groenlandais, sur et sous-titrés. Une voix off, celle, j'imagine, de l'auteur de ce montage musical et mimé, s'échappe par le haut parleur de Big Brother et lit d'une voix timbrée des bribes de textes en allemand. La traduction s'affiche. Alignés sur le même niveau et le même ton que des bouts de rapports scientifiques, on croit reconnaître des lambeaux de Goethe, de la Bible, peut-être d'Horvath, de Döblin, dans un salmigondis sentencieux.

 

Œuvre d'un être vraisemblablement dépressif tant le rythme en est ralenti et mou, le spectacle présenté ramasse pour thème ce dont on nous rabat les oreilles sur le réchauffement climatique et la fonte des glaciers. Avec un certain nombre de propos  sans réplique, toutefois, qui feraient bondir Claude Allègre. Mais honni soit qui mal y pense et l'évitement est facile puisqu'il ne s'agit pas d'un exposé scientifique ou idéologique, mais d'un spectacle.

"Je ne suis pas un donneur de leçon" dit l'auteur de ce spectacle soutenu.

Alors regardons.

Comme c'est laid !

Marthaler travaille, à ce qu'il paraît, au plus près de notre réalité : Le décor est volontairement miteux, les costumes volontairement vilains. Le physique ingrat des figurants- acteurs qui crée une proximité douteuse avec le spectateur, pourrait les entraîner dans des zones de burlesque auxquelles les Deschiens étaient parvenus.

Mais pas plus qu'ils ne sont soulevés d'eux-mêmes tant la partition textuelle est faible, ils ne réussissent même pas à simplement effleurer un monde théâtral instable oscillant entre grotesque et tragique. Il leur faudrait pour l'atteindre l'œil extérieur et le génie propre d'un homme de théâtre, connaisseur du travail de l'acteur et de ses nécessités internes.

 

Un spectacle de Marthaler "sans musique", nous dit encore le programme ''est inconcevable"

Alors écoutons.

Dès qu'un peu de beau collé là pourrait surgir, une mélodie de Fauré, des notes de Procol Harum, des mesures du Requiem de Brahms, trois notes de Mozart, un lied de Schubert (ne pas oublier s'il vous plait que Christoph Marthaler est "musicien, ce qui lui permet nous explique Colette Godard avec gourmandise, d'aborder les mises en scène d'opéra"), il est volontairement ridiculisé ou soumis au dérisoire. Ainsi lorsque l'Anglaise en robe rouge, loin cependant du niveau de Kathleen Ferrier, entame un moment du bouleversant Kindertotenlieder de Mahler, un participant du plateau se traîne par terre en gesticulant d'une manière grotesque.

Déjà vu. Lassant. Vain. Humiliant même.

Côté grotesque, il y a d'ailleurs parfois des citations gestiques de Gombrowicz  que Marthaler dans le pot pourri de ses références tente d'inscrire dans le jeu étriqué de son équipe (par ex lors du cocktail ou de la course droit au mur, voir des pages de Trans-Atlantique). Mais les improvisations de plateau restent timorées, sans imagination théâtrale, sans la créativité requise par le ba ba de l'art théâtral, son extrèmisation jubilatoire que Zéro gomme par incapacité à jouir.

De ce grand sac mou, les spectateurs captifs pour 160 minutes d'ennui s'échappent doucement. À la première, m'a-t-on dit, ils filaient par grappes lassées; à la dernière où j'étais, ils se levaient calmement par deux ou trois et filaient avec une lenteur digne.

Au finale, une claque vigoureuse réveillait les endormis.

 

Prochaine étape le réputé Edinburgh International et le London 2012 Festival qui suivent la Volksbühne, le Royal Danish Theatre, le Stockholms Stadsteater, le Kampnagel de Hambourg, le Festspillene i Bergen, le Wiener Festwochen… soit des milliers de spectateurs européens acquis ou non à une écologie de la peur et du déclin, en tout cas au degré moins 20 du plaisir théâtral.

Pu - nis.

  réactions:

Voilà qui est bien dit
Je me suis bien gardé, quant à moi, d'y aller!
  Bises. GB
 
Bonsoir Michèle,
 Avis partagé.
 Quel ennui !!!
 Pour la petite histoire, n'y suis resté qu'une petite heure.
 Qui plus est, étais tout en haut avec des surtitrages illisibles...C.B

 

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Michèle Venard lit Alice Munro

2014-2015

2014-2015

 

Metteur en scène d'une quinzaine de spectacles professionnels joués à Paris, en province et à l'étranger, ( dont Kafka, Jarry, Sade...) à la forme théâtrale "rapide, surprenante, esthétique", "mettant comme l'écrit Jean Gillibert, les acteurs en responsabilité de jeu. C'est souvent très fort et peu usité dans le monde actuel, formaliste et esthétisant du théâtre", artiste dramatique, docteur ès lettres et dernière thésarde de Georges Couton, auteur de deux livres d’histoire du théâtre, Michèle Venard, par la lecture expressive, mène aussi, au sein de la compagnie En Perce Théâtre, le projet lectures "à voix haute et nue" © d'auteurs très, peu ou mal entendus.

Atelier nomade souple, suscitant, là où il a lieu, un Studio de Lectures et d'écoute,l'Atelier Permanent de Lectures et d'écoute existe depuis la Revue Parlée de Blaise Gautier au Centre Pompidou,où Michèle Venard, déjà,lisait Gombrowicz, Pound,  ou de Roux... À partir de 2003,  après un accident qui la priva de la marche, elle réactive son activité de lectrice, en province (Kafka, Bachelard, Hardellet, Rilke, Schultz, Bernanos), au Salon International du Livre de Ouessant, à Paris (au Nord-Ouest Claudel, Montherlant, Bloy) à la Maison des Métallos.(mise en scène-événement captée par Radio-France 8 heures de Présence théâtrale de Jean Gillibert, diffusées sur France - Culture),  à la Crypte de la Madeleine ( J-M Turpin)   à la Crypte Saint Denys ( Pierre  Boudot) au théâtre du Centre 6 (Stendhal, Poe, Villiers de l’Isle Adam, James, Verlaine MaupassantTchekhov, Joyce, Yourcenar, Gombrowicz, Highsmith, Mishima), au théâtre Pandora (Woolf, Zweig; Andersen, Pirandello, Moravia, Hemingway, Faulkner, Conrad, Lawrence, Hamsun, Lagerkvist, Morante, Green, Borges, Tanizaki, Andric, Kessel, Morand, Kawabata, Grossman,Giono, Bierce,Rilke, Blixen, Gracq,  London, Baudelaire, Dickens, Cendrars, Jouve, Dostoïevski, Llosa, Wilde, Bounine, Steinbeck, Gide, Joseph Roth, Djuna Barnes

Arthur Rimbaud; Georges Bernanos; Albert Cossery; Michel Ossorguine; Mikhaïl Boulgakov;  Miguel Torga ; F Scott Fitzgerald; Jean-Louis Joliot Albert Camus;  Doris Lessing; Richard Millet; Alice Munro; Gabriel Garcia-Marquez; Paul Gadenne  ...  à l'Odéon (Jean Gillibert) ;  au Grand Auditorium du  Crédit Foncier, au théâtre des  2 Rêves, au théâtre du Petit Hébertot, au théâtre du Gymnase,  au théâtre Branoul de la Haye...

 

"à voix haute et nue"© valorise les circuits courts.

Ainsi, La Compagnie En Perce animée avec l'acteur Christian Fischer, non seulement rédige et actionne des projets artistiques, culturels, ou de formation à l'expression orale et d'initiations à l'art de dire, de Conseil aux dirigeants, des séminaires pour l’Entreprise, mais encore, elle organise, à la demande de ses adhérents, soirées littéraires, (Bachelard à Bar sur Aude, Jean-Marie Turpin à La Madeleine, Pierre Boudot à la Crypte Saint Denys…) lectures, rencontres, conférences, spectacles…

En Perce insuffle, de plus, un nouveau projet, la Fédération de lecteurs

 

 (renseignements à l'issue d'une séance publique)

  programmation saison 2014-2015 «à voix haute et nue»© Lectures publiques de Michèle Venard

Paul Gadenne en lecture publique


 

 

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