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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 22:43

"Une réaction de Michèle Venard, artiste dramatique et metteur en scène de théâtre, après la projection de Aventure de Catherine C de Pierre Beuchot dans de cadre de la rétrospective Willy Kurant à la Cinémathèque"

 

J'allais voir le diptyque de Pierre Jean Jouve "Hécate" et "Vagadu " adapté pour le cinéma et j'ai trouvé un film somptueux. Un film raffiné, parfait au plan esthétique par le choix de ses décors,- de Paris à Vienne-, et de ses costumes, par le choix de ses musiques – Portal ou Mozart-qui "jouent ensemble".

J'allais voir une immense actrice Fanny Ardant,- héroïne de théâtre que je suis depuis sa Princesse dans Tête d'Or- et qui au moment du tournage, actrice de cinéma magnifique, jouait ou allait jouer Pirandello- et j'ai trouvé un réalisateur qui a su, lui aussi, magnifier sa beauté et l'intensité dramatique de son jeu.

Il a confié à Robin Renucci, antérieurement Claudius dans un Hamlet monté par Chéreau en Avignon et exceptionnel Don Camille dansLe Soulier de satin présenté par Antoine Vitez, le personnage de Pierre Indemini que j'associe pour ma part à des moments de la figure d'Enée conduit au cœur de la nuit à la caverne des Enfers alors que hurlent les chiens d'Hécate, Pierre Indemini,  le peintre soit celui qui est hors du tableau.

Indemini, presque indéfini, mathématicien peut-être, et selon la conjugaison passive de la finale de son nom, comme observé déjà par des commentateurs de Jouve,  figure de la passivité, est placé face à deux femmes dont le visage est dédoublé et le corps offert et qui le tueront à elles deux : la star de cinéma- l'étoile-, et la lune, astres qui brillent l'un et l'autre dans l'obscurité. L'une comme l'autre sont Hécate, déesse de l'ombre lunaire, des nuits mystérieuses pendant lesquelles la lune se cache, déesse des carrefours hantés par des pouvoirs hostiles, associée à la magie, à l'enchantement et aux actes obscurs, Hécate que Kleist nomme "déesse des marécages qui jette dans l'inconscient des lueurs troubles".

Ainsi, cadrée dans l'espace de l'image engagée par les mouvements de caméra, la magie jouvienne, son mystère et son envoûtement opèrent quand sur l'écran, l'espace visible entre en scène, se double d'un invisible, et plonge le spectateur dans un rêve de voyage dans l'espace et dans le temps.

La mémoire décomposée du personnage de Catherine Crachat au nom impur et violent, tire et démêle peu à peu les fils de son analyse suivie en cela par le personnage du psychiatre, et livre son récit d'une histoire passionnelle qui la laisse au finale dans une atroce solitude.

Pour incarner les personnages de femmes, le réalisateur a su choisir deux actrices capables d'emmener très loin leurs incarnations. Pour Catherine, Fanny Ardant passionnée et vibrante, d'une beauté et d'une élégance à couper le souffle, et pour l'impure, presque indécente Félicitas Fanny Hohenstein, l'actrice allemande Hanna Schygulla dont le léger accent caressant donne à l'incarnation du personnage sa musique particulière. Elles réussissent toutes deux d'une manière éblouissante à faire entendre la musique de la voix et du corps, les dissonances entre " les rayons noirs " et "le soleil des mots" dont parle Jouve.

L'une, sauvage, déchirée, passant de l'âpreté la plus forte à l'abandon le plus subtil par un rythme de paroles précipité et chaud pour la quête passionnée d'un amour exceptionnel, l'autre, ondoyant dans l'ondulation mélodique quasiment grégorienne, vénéneuse et enveloppante, tissant les fils arachnéens de son avidité érotique.

Alors que les acteurs au théâtre, aujourd'hui, soumis au laxisme vériste, parlent si médiocrement dans le son et dans le sens et que le corps d'où tout part n'est que guenille vide, c'est sur l'écran de cinéma que les actrices filmées par Pierre Beuchot – par ailleurs grandes comédiennes de théâtre- donnent littéralement vie à Catherine C et à Fanny Félicitas, Elles et lui donnent vie  au souffle, au timbre, à l'harmonique, au phrasé, à la rhétorique profonde de la poétique de Jouve.

J'ai vu ce film il y a plusieurs jours déjà, et par sa grâce, l'esprit de l'écrivain continue à venir me séduire.

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activités d'artiste

Michèle Venard lit Alice Munro

2014-2015

2014-2015

 

Metteur en scène d'une quinzaine de spectacles professionnels joués à Paris, en province et à l'étranger, ( dont Kafka, Jarry, Sade...) à la forme théâtrale "rapide, surprenante, esthétique", "mettant comme l'écrit Jean Gillibert, les acteurs en responsabilité de jeu. C'est souvent très fort et peu usité dans le monde actuel, formaliste et esthétisant du théâtre", artiste dramatique, docteur ès lettres et dernière thésarde de Georges Couton, auteur de deux livres d’histoire du théâtre, Michèle Venard, par la lecture expressive, mène aussi, au sein de la compagnie En Perce Théâtre, le projet lectures "à voix haute et nue" © d'auteurs très, peu ou mal entendus.

Atelier nomade souple, suscitant, là où il a lieu, un Studio de Lectures et d'écoute,l'Atelier Permanent de Lectures et d'écoute existe depuis la Revue Parlée de Blaise Gautier au Centre Pompidou,où Michèle Venard, déjà,lisait Gombrowicz, Pound,  ou de Roux... À partir de 2003,  après un accident qui la priva de la marche, elle réactive son activité de lectrice, en province (Kafka, Bachelard, Hardellet, Rilke, Schultz, Bernanos), au Salon International du Livre de Ouessant, à Paris (au Nord-Ouest Claudel, Montherlant, Bloy) à la Maison des Métallos.(mise en scène-événement captée par Radio-France 8 heures de Présence théâtrale de Jean Gillibert, diffusées sur France - Culture),  à la Crypte de la Madeleine ( J-M Turpin)   à la Crypte Saint Denys ( Pierre  Boudot) au théâtre du Centre 6 (Stendhal, Poe, Villiers de l’Isle Adam, James, Verlaine MaupassantTchekhov, Joyce, Yourcenar, Gombrowicz, Highsmith, Mishima), au théâtre Pandora (Woolf, Zweig; Andersen, Pirandello, Moravia, Hemingway, Faulkner, Conrad, Lawrence, Hamsun, Lagerkvist, Morante, Green, Borges, Tanizaki, Andric, Kessel, Morand, Kawabata, Grossman,Giono, Bierce,Rilke, Blixen, Gracq,  London, Baudelaire, Dickens, Cendrars, Jouve, Dostoïevski, Llosa, Wilde, Bounine, Steinbeck, Gide, Joseph Roth, Djuna Barnes

Arthur Rimbaud; Georges Bernanos; Albert Cossery; Michel Ossorguine; Mikhaïl Boulgakov;  Miguel Torga ; F Scott Fitzgerald; Jean-Louis Joliot Albert Camus;  Doris Lessing; Richard Millet; Alice Munro; Gabriel Garcia-Marquez; Paul Gadenne  ...  à l'Odéon (Jean Gillibert) ;  au Grand Auditorium du  Crédit Foncier, au théâtre des  2 Rêves, au théâtre du Petit Hébertot, au théâtre du Gymnase,  au théâtre Branoul de la Haye...

 

"à voix haute et nue"© valorise les circuits courts.

Ainsi, La Compagnie En Perce animée avec l'acteur Christian Fischer, non seulement rédige et actionne des projets artistiques, culturels, ou de formation à l'expression orale et d'initiations à l'art de dire, de Conseil aux dirigeants, des séminaires pour l’Entreprise, mais encore, elle organise, à la demande de ses adhérents, soirées littéraires, (Bachelard à Bar sur Aude, Jean-Marie Turpin à La Madeleine, Pierre Boudot à la Crypte Saint Denys…) lectures, rencontres, conférences, spectacles…

En Perce insuffle, de plus, un nouveau projet, la Fédération de lecteurs

 

 (renseignements à l'issue d'une séance publique)

  programmation saison 2014-2015 «à voix haute et nue»© Lectures publiques de Michèle Venard

Paul Gadenne en lecture publique


 

 

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