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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 11:20

 

 Valérie Aubert et Samir Siad sont "implantés" à Saint Lô dans la Manche. Ils ont une formation de comédien et se sont rencontrés, lit-on, dans la même école nationale de théâtre, à Strasbourg.

C'est la raison pour laquelle ce couple sympathique encore programmé l'année prochaine à Bobigny pour Clio de Charles Péguy, mène à Saint Lô, avec sa compagnie En Partance, un double travail de création de spectacles et d'animation avec une petite équipe que les subventions publiques doivent réussir à salarier. (Ville de Saint-Lô, Conseil Général de la Manche, Conseil Régional de Basse-Normandie et Direction Régionale des Affaires Culturelles ).

Le spectacle La Splendeur du Portugal est une commande personnelle que leur a faite le Directeur de la Maison de la Culture de Bobigny qui a consacré à l'écrivain portugais Lobo Antunes sa saison. Il se joue actuellement à la MC 93 dans la pénombre d'une troisième salle de ce théâtre.

 

"Adaptateurs" de l'œuvre en prose et "metteurs en scène" les deux acteurs s'expliquent dans le Journal de la MC 93 :

"Il est certain qu'il y a autant de lectures d'une œuvre qu'il y a de lecteurs, sans oublier celle de l'auteur qui est son premier lecteur ... Nous pensons cependant que l'œuvre est porteuse d'un sens dont nous nous devons d'être les témoins et les interprètes. Pour cela, notre transcription théâtrale devra être fidèle à la signification essentielle qui a présidé à sa naissance, (ce « noyau incommunicable » qu'évoque Lobo Antunes), signification que nous avons pu dégager en tant que lecteurs, et qui nous a mis en mouvement pour créer un moment de théâtre, ici la déréliction tragique d'une famille de déracinés du Portugal et de l'Afrique."

 

Porter des romans à la scène est un exercice auquel les acteurs du théâtre se livrent depuis fort longtemps. Il vient immédiatement en mémoire  un magistral Moby Dick de Stuart Seide, les formidables adaptations de Jouve, de Dostoïevski, de Schreber, de Joyce, de Guérin… par un Jean Gillibert inspiré ou celles de Vendredi ou les Limbes du pacifique, des Cloches de Bâle et j'en passe par Antoine Vitez également poète.

La difficulté à "mettre en scène", c'est-à-dire à parachuter du sens dans l'esprit du spectateur, est décuplée par le fait même que la pièce est à constituer, et surtout pas au cours de répétitions plus ou moins hâtives.

Car, il faut du génie dramaturgique pour trouver un principe dramaturgique fort afin de tenir un spectacle par ses deux bouts, et une grande responsabilité personnelle pour ne pas se contenter d'une explication de texte plus ou moins basique, plus ou moins pédagogique, (l'information sur  ne fait pas l'action   ) et pour ne pas se livrer sur l'œuvre en prose à des simples coupes au ciseau, soit à  coller, non sans bonne volonté, des morceaux de passages sans colonne vertébrale ferme.

Réussir de surcroît à rendre sur le plateau l'esprit du texte, ses significations profondes, sa profondeur psychique, son alchimie, est une acte artistique. Ne pas se contenter d'une révélation d'acteur touché par une œuvre ce qui est un point de départ magnifique, mais pas un chemin théâtral et un aboutissement, et surtout, réussir à transporter le spectateur, est un enjeu difficile, le seul qui vaille pour des artistes.

 

Que voyons-nous dans le rendu du plateau de la compagnie en Partance?

Une certaine ferveur des acteurs, mais partis sur un rythme oppressé qu'ils n'arrivent pas à moduler, une intention de "prouver" un peu alourdissante, et une certaine uniformité de jeu répartie inégalement entre 9 acteurs, quelques pathétismes complaisants (la mort au ralenti d'une des actrices pantelante), des images poétiques inabouties (moment saboté de l'immersion de Carlos par la venue immédiate de sa mère qui se précipite pour enlacer l'affreux rideau), une scénographie décorative (également conçue par le couple moteur) mal visible et mal éclairée.

 

Comme souvent au théâtre, l'écart entre les intentions annoncées -ici longuement décrites dans le Journal cité- et la réalisation donnée à voir devrait inciter les uns, réalisateurs du spectacle, à un peu plus de modestie, et les autres, producteur de ce spectacle, à un peu moins de complaisance.

 

Mais surtout que voyons-nous d'Antunes pour avoir envie de se précipiter sur cette œuvre immense et la dévorer?

MV

 

 


 

 

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activités d'artiste

Michèle Venard lit Alice Munro

2014-2015

2014-2015

 

Metteur en scène d'une quinzaine de spectacles professionnels joués à Paris, en province et à l'étranger, ( dont Kafka, Jarry, Sade...) à la forme théâtrale "rapide, surprenante, esthétique", "mettant comme l'écrit Jean Gillibert, les acteurs en responsabilité de jeu. C'est souvent très fort et peu usité dans le monde actuel, formaliste et esthétisant du théâtre", artiste dramatique, docteur ès lettres et dernière thésarde de Georges Couton, auteur de deux livres d’histoire du théâtre, Michèle Venard, par la lecture expressive, mène aussi, au sein de la compagnie En Perce Théâtre, le projet lectures "à voix haute et nue" © d'auteurs très, peu ou mal entendus.

Atelier nomade souple, suscitant, là où il a lieu, un Studio de Lectures et d'écoute,l'Atelier Permanent de Lectures et d'écoute existe depuis la Revue Parlée de Blaise Gautier au Centre Pompidou,où Michèle Venard, déjà,lisait Gombrowicz, Pound,  ou de Roux... À partir de 2003,  après un accident qui la priva de la marche, elle réactive son activité de lectrice, en province (Kafka, Bachelard, Hardellet, Rilke, Schultz, Bernanos), au Salon International du Livre de Ouessant, à Paris (au Nord-Ouest Claudel, Montherlant, Bloy) à la Maison des Métallos.(mise en scène-événement captée par Radio-France 8 heures de Présence théâtrale de Jean Gillibert, diffusées sur France - Culture),  à la Crypte de la Madeleine ( J-M Turpin)   à la Crypte Saint Denys ( Pierre  Boudot) au théâtre du Centre 6 (Stendhal, Poe, Villiers de l’Isle Adam, James, Verlaine MaupassantTchekhov, Joyce, Yourcenar, Gombrowicz, Highsmith, Mishima), au théâtre Pandora (Woolf, Zweig; Andersen, Pirandello, Moravia, Hemingway, Faulkner, Conrad, Lawrence, Hamsun, Lagerkvist, Morante, Green, Borges, Tanizaki, Andric, Kessel, Morand, Kawabata, Grossman,Giono, Bierce,Rilke, Blixen, Gracq,  London, Baudelaire, Dickens, Cendrars, Jouve, Dostoïevski, Llosa, Wilde, Bounine, Steinbeck, Gide, Joseph Roth, Djuna Barnes

Arthur Rimbaud; Georges Bernanos; Albert Cossery; Michel Ossorguine; Mikhaïl Boulgakov;  Miguel Torga ; F Scott Fitzgerald; Jean-Louis Joliot Albert Camus;  Doris Lessing; Richard Millet; Alice Munro; Gabriel Garcia-Marquez; Paul Gadenne  ...  à l'Odéon (Jean Gillibert) ;  au Grand Auditorium du  Crédit Foncier, au théâtre des  2 Rêves, au théâtre du Petit Hébertot, au théâtre du Gymnase,  au théâtre Branoul de la Haye...

 

"à voix haute et nue"© valorise les circuits courts.

Ainsi, La Compagnie En Perce animée avec l'acteur Christian Fischer, non seulement rédige et actionne des projets artistiques, culturels, ou de formation à l'expression orale et d'initiations à l'art de dire, de Conseil aux dirigeants, des séminaires pour l’Entreprise, mais encore, elle organise, à la demande de ses adhérents, soirées littéraires, (Bachelard à Bar sur Aude, Jean-Marie Turpin à La Madeleine, Pierre Boudot à la Crypte Saint Denys…) lectures, rencontres, conférences, spectacles…

En Perce insuffle, de plus, un nouveau projet, la Fédération de lecteurs

 

 (renseignements à l'issue d'une séance publique)

  programmation saison 2014-2015 «à voix haute et nue»© Lectures publiques de Michèle Venard

Paul Gadenne en lecture publique


 

 

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